Cyrille de Jérusalem – textes

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Cyrille de Jérusalem (v. 315-387), fresque du XIVe s., église du Sauveur à Kuceviste, Macédoine du Nord

Cyrille de Jérusalem (v. 315-387), fresque du XIVe s., église du Sauveur à Kuceviste, Macédoine du Nord

Textes

Crois au Fils de Dieu !

Crois dans le Fils de Dieu, le seul et unique, notre Seigneur Jésus Christ, l’engendré Dieu de Dieu, l’engendré vie de vie, l’engendré lumière de lumière, le semblable en tout à celui qui l’a engendré ; celui qui n’a pas acquis l’être dans le temps, mais qui avant tous les siècles, éternellement et sans défaillance a été engendré du Père ; la sagesse de Dieu et sa puissance et sa justice subsistantes ; celui qui siège à la droite du Père, avant tous les siècles.

Ce n’est pas, comme d’aucuns l’ont cru, après sa Passion que, pour ainsi dire, couronné par Dieu en raison de sa patience, il a reçu le trône placé à la droite du Père, mais c’est bien depuis qu’il existe (or il est engendré de toute éternité), qu’il possède la dignité royale, siégeant avec son Père, puisqu’il est, comme on l’a dit, Dieu, sagesse et force, exerçant la royauté avec son Père, et, par le Père, auteur de toutes choses.

Mais rien ne manque à sa dignité pour qu’elle soit divine, il connaît celui qui l’a engendré comme il est connu de celui qui l’a engendré ; bref, souviens-toi de ce qui est écrit dans l’Évangile : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, nul non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils » (Mt 11, 27)

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 4, 7 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 66-67 rev.)

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En vue du baptême

Nous, les ministres du Christ, nous avons accueilli chacun, et jouant en somme un rôle de portiers, nous avons laissé la porte libre. Il est possible que tu sois entré avec une âme maculée de péchés et avec une intention souillée. Tu es entré, tu as été jugé digne, ton nom a été inscrit. Vois-tu bien la belle discipline de l’Église ? Contemples-tu bien sa science de l’ordre, la lecture des Écritures, la présence des personnes régulières, le déroulement de la didascalie ? Respecte ce lieu, et que ce spectacle t’instruise : fais aujourd’hui une honnête sortie, et demain une très honnête rentrée. Si ton âme avait pour vêtement l’avarice, entre avec un autre. Dépouille le vêtement que tu as porté, ne mets rien par-dessus ; dépouille-moi fornication et impureté, et revêts-moi la très éclatante robe de la chasteté.

Je te donne cet avis avant que n’entre l’Époux des âmes, Jésus, et qu’il ne voie tes vêtements. Tu disposes d’un long délai : tu as quarante jours pour faire pénitence, tu as une bonne occasion pour te dévêtir, te laver, te revêtir et entrer. Que si tu restes dans tes mauvaises dispositions, celui qui parle n’y est pour rien, mais toi, ne t’attends pas à recevoir la grâce : l’eau te recevra, certes, mais l’Esprit ne t’accueillera pas. Si quelqu’un sent sa blessure, qu’il y mette un emplâtre ; si quelqu’un est tombé, qu’il se relève. Qu’il n’y ait parmi vous nul Simon, nulle hypocrisie, nul essai déplacé du sacrement.

Cyrille de Jérusalem – Accueil aux catéchumènes, 4

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Gare aux loups

Le vice singe la vertu et l’ivraie s’efforce de passer pour du blé : l’apparence est semblable, mais le goût ne trompe pas les connaisseurs. Le diable se déguise aussi en ange de lumière, non pas pour revenir là où il fut (car il s’est rendu le cœur dur comme une enclume, et sa précédente détermination est désormais irrévocable), mais pour environner des ténèbres de la cécité et de la pestilence de l’incrédulité ceux qui mènent une vie semblable à celle des anges. Nombreux sont les loups qui se promènent sous des peaux de brebis. Des brebis, ils ont pris seulement les peaux, pas les ongles ni les dents, mais vêtus de cette toison d’animal domestique et utilisant son apparence pour tromper les gens sans malice, ils laissent couler de leurs dents le virus mortel de l’impiété.

Nous avons donc besoin de la grâce divine, d’une sage perspicacité et d’yeux bien ouverts, afin de n’être pas victimes de notre ignorance, en mangeant de l’ivraie pour du blé ; afin aussi de ne pas prendre le loup pour une brebis et devenir ainsi sa proie ; afin de ne pas nous imaginer le diable destructeur comme un ange bienfaisant, et nous faire dévorer. Car « il rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (1P 5, 8), comme dit l’Écriture. Voilà pourquoi l’Église nous met en garde, voilà le pourquoi des présents enseignements, le pourquoi de l’institution de nos leçons.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 4, 1 (Les catéchèses, Coll. Les pères dans la foi n° 53-54, trad. J. Bouvet, éd. Migne 1993, p. 63-64)

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Grandeur de la foi

« C’est une grande affaire, dit l’Écriture, de trouver un homme qui a la foi » (Pr 20, 6). Je ne te dis pas cela pour t’inciter à m’ouvrir ton cœur, mais pour que tu montres à Dieu la candeur de ta foi, à ce Dieu qui sonde les reins et les cœurs et qui connaît les pensées des hommes (Ps 7, 10 ;93, 11). Oui, c’est une grande chose qu’un homme qui a la foi ; il est plus riche que tous les riches. En effet, le croyant possède toutes les richesses de l’univers, puisqu’il les méprise et les foule aux pieds. Car, même si ceux qui sont riches possèdent des tas de choses au plan matériel, comme ils sont pauvres spirituellement ! Plus ils amassent, plus on les sent consumés du désir de ce qui leur manque. Au contraire, et c’est bien là le comble du paradoxe, l’homme qui a la foi est riche au sein de la pauvreté, car il sait qu’il n’a besoin que de vêtements et de nourriture ; il s’en contente et met sous ses pieds les richesses.

Et ce n’est pas seulement nous, qui portons le nom du Christ, qui vivons d’une démarche de foi. Tous les hommes, même ceux qui sont étrangers à l’Eglise, vivent d’une démarche semblable. C’est par une foi dans l’avenir que des gens qui ne se connaissent pas parfaitement contractent un mariage ; l’agriculture est basée sur la confiance que les travaux engagés porteront des fruits ; les marins mettent leur confiance dans un frêle esquif de bois… C’est selon une démarche de foi que tiennent la plupart des entreprises humaines ; tout le monde croit en des principes.

Mais aujourd’hui les Écritures vous appellent à la vraie foi et vous tracent la vraie route qui plaît à Dieu. C’est cette foi qui, chez Daniel, a fermé la gueule des lions (Dn 6, 23). Par « le bouclier de la foi vous pourrez éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais » (Ep 6, 16)… La foi soutient les hommes jusqu’à marcher sur la mer (Mt 14, 29). Certains, comme le paralytique, ont été sauvés par la foi des autres (Mt 9, 2) ; la foi des sœurs de Lazare a été si forte qu’il a été rappelé des morts (Jn 11)… La foi donnée gratuitement par l’Esprit Saint dépasse toutes les forces humaines. Grâce à elle on peut dire à cette montagne : « Transporte-toi jusque là-bas » et elle se transportera (Mt 17, 20).

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 5

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Il avance librement

Tu veux sans doute qu’on te démontre que le Christ est venu volontairement à la Passion ? Les autres meurent de mauvais gré, car ils meurent dans le noir, mais lui disait d’avance de sa Passion : « Voici que le Fils de l’homme est livré pour être crucifié » (Mt 26, 2). Sais-tu pourquoi ce miséricordieux n’a pas fui la mort ? Pour éviter que le monde entier ne sombre dans ses péchés. « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme va être livré et crucifié » (cf. Mt 20, 18-19) et encore : « Il prit résolument le chemin de Jérusalem » (Lc 9, 51).

Tu veux aussi savoir clairement que la croix est pour Jésus une gloire ? Écoute-le te le dire, et non pas moi. Judas, gagné par l’ingratitude envers son hôte, allait le livrer ; il venait de sortir de table et de boire la coupe de bénédiction, et en guise de merci pour cette boisson du salut, il a décidé de verser un sang innocent. Lui qui avait mangé le pain de son Maître, il l’en remerciait de façon éhontée en le faisant tomber… Puis Jésus a dit : « L’heure est venue où le Fils de l’homme va être glorifié » (Jn 12, 23). Tu vois comment il sait que la croix est sa gloire ? … Non qu’auparavant il ait été sans gloire puisqu’il avait été glorifié « de la gloire qu’il avait avant la fondation du monde » (Jn 17, 5). Mais comme Dieu il était glorifié éternellement, tandis que maintenant, il était glorifié pour avoir mérité la couronne par sa constance dans l’épreuve.

Il n’a pas été obligé de quitter la vie, il n’a pas été immolé de force, il avance librement. Écoute ce qu’il dit : « J’ai le pouvoir de laisser ma vie et j’ai le pouvoir de la reprendre (Jn 10, 18) ; c’est de mon plein gré que je cède à mes ennemis, car si je ne voulais pas, rien n’arriverait ». Il est venu donc par choix à la Passion, joyeux de son exploit, souriant à la couronne, heureux de sauver l’humanité.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 13, §6 (trad. Bouvet, Soleil levant 1962, p. 263)

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L’immense miséricorde de Dieu

Le peuple entier a beau pécher, il ne décourage pas la miséricorde de Dieu. Le peuple fabriqua un veau et Dieu ne se départit pas de sa miséricorde ; les hommes renièrent Dieu, mais Dieu ne se renia pas lui-même (cf. 2Tm 2, 13). « Voici tes dieux, Israël » (Ex 32, 4), avaient dit les Hébreux, et même après cela le Dieu d’Israël, fidèle à lui-même, se fit leur sauveur.

Or le peuple ne fut pas seul à pécher ; avec lui pécha son grand prêtre Aaron. C’est en effet Moïse qui dit : « La colère du Seigneur s’éleva aussi contre Aaron et », ajoute-t-il, « je priai pour lui, et Dieu lui pardonna » (cf. Dt 21, 8). Alors Moïse, priant pour le grand prêtre pécheur, désarma le Seigneur, et Jésus, le Fils unique, lorsqu’il prie pour nous, ne désarme pas Dieu ? Celui-ci n’empêcha pas Aaron coupable d’accéder à la fonction de grand prêtre, et il t’empêchera, toi qui sors du paganisme, d’accéder au salut ?

Fais désormais pénitence, toi aussi, ô homme, de la même manière, et rien n’empêchera la grâce de venir à toi. Adopte dorénavant une conduite irréprochable, car Dieu aime les hommes en vérité, et cet amour nul ne pourra fournir une explication plausible : quand bien même toutes les langues se grouperaient ensemble, elle demeureraient encore incapables de rendre un compte, même partiel, de la miséricorde de Dieu.

Car nous, nous exposons une partie de ce qui est écrit sur sa miséricorde pour les hommes, mais nous ne savons pas à quel niveau s’est élevé son pardon à l’égard des anges : car à eux aussi il pardonne, puisqu’il n’y a qu’une seule créature sans péché : Jésus qui nous purifie de nos fautes. Aux anges aussi il accorde le pardon convenable.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 2, 10 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54, trad. J. Bouvet, Éd. Migne 1993, p. 46-47

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L’unique Esprit Saint

Crois au Saint-Esprit ; vénère-le tout comme tu as appris à vénérer le Père et le Fils, et ne suis pas ceux dont l’enseignement le dégrade.

Sache-le donc, le Saint-Esprit est unique, indivisible, très puissant ; il multiplie ses actions sans être pour autant lui-même partagé ; c’est lui qui connaît les mystères, qui scrute toutes choses, même les profondeurs de Dieu ; lui qui est venu sous forme de colombe sur le Seigneur Jésus Christ ; lui qui fut le nerf de la Loi et des Prophètes ; qui maintenant encore, le temps du baptême venu, marque ton âme de son sceau ; toute la nature intelligente a besoin de sa sainteté : qui oserait blasphémer contre le Saint-Esprit n’a de pardon ni dans ce siècle ni dans celui qui vient ; il est honoré, lui, avec le Père et le Fils, de la gloire de la divinité ; de lui ont besoin Trônes et Dominations, Principautés et Puissances. Car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père du Christ ; et un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils unique engendré de Dieu ; unique aussi est l’Esprit Saint, l’universel sanctificateur et déificateur, qui a parlé dans la Loi et dans les Prophètes, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments.

Garde toujours dans ton intelligence ce sceau.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 4, 16-17 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 71-72)

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La croix, force de Dieu

Ne rougissons pas de la croix du Christ ; soyons-en plutôt fiers. La croix évoque pour les Juifs un scandale, pour les païens une folie, mais pour nous le salut. Pour ceux qui vont à leur perte, elle est aussi vraiment une folie, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est force de Dieu (cf. 1 Co 1, 23-24). Car ce n’est pas seulement un homme qui mourait pour nous, mais le Fils de Dieu, Dieu fait homme. En outre, au temps de Moïse, l’agneau pas­cal chassa bien loin l’exterminateur ; et l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde Un 1, 29), ne nous libérerait pas bien mieux de nos péchés ?

Oui, Jésus a réellement souffert pour tous les hommes. La croix n’était pas un simulacre, sinon la rédemption, elle aussi, serait un simulacre. Le Christ a été réellement crucifié ; nous n’avons pas à en rougir. Il a été crucifié, nous n’avons pas à le nier. C’est bien plutôt avec fierté que je le dis. Si je le niais, le Golgotha lui-même me réfuterait. Il me réfu­terait aussi, ce bois de la croix dont les morceaux sont distribués à toute la terre. Je reconnais la croix parce que je connais la résurrection. Si le crucifié était resté dans la mort, sans doute n’aurais-je pas reconnu la croix et l’aurais-je cachée avec mon Maître. Mais la résurrection a suivi la croix, et je ne rougis pas de parler d’elle.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 13

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La croix, signe du salut

Nous ne devons pas avoir honte de la croix du Sauveur, mais plutôt en tirer gloire. « Le langage de la croix est scandale pour les juifs, folie pour les païens », mais pour nous elle est le salut. Pour ceux qui se perdent, elle est folie ; pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu (1 Co 1, 18-24). Car ce n’était pas un homme sans plus qui mourait, mais le Fils de Dieu, Dieu fait homme. L’agneau, du temps de Moïse, éloignait l’ange exterminateur (Ex 12, 23) ; est-ce que « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29) ne nous a pas bien davantage libérés de nos péchés ?…

Ce n’est pas par contrainte qu’il a quitté la vie, ce n’est pas par force qu’il a été immolé, mais par sa propre volonté. Écoutez ce qu’il dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la recevoir à nouveau » (Jn 10, 18)… Il est venu délibérément à sa Passion, heureux de son exploit, souriant à son triomphe, content de sauver les hommes. Il n’a pas eu honte de la croix, car il sauvait toute la terre. Ce n’était pas un pauvre homme qui souffrait, mais Dieu fait homme qui allait combattre pour obtenir le prix de la patience…

Ne te réjouis pas de la croix en temps de paix seulement ; garde la même foi en temps de persécution ; ne sois pas l’ami de Jésus seulement en temps de paix, pour devenir son ennemi en temps de guerre. Tu reçois maintenant le pardon de tes péchés et les dons spirituels prodigués par ton roi ; lorsque la guerre éclatera, combats vaillamment pour ton roi. Jésus a été crucifié pour toi, lui qui était sans péché… Ce n’est pas toi qui lui as fait cette grâce, car tu l’as reçue le premier. Mais tu rends grâce à celui qui a payé ta dette en étant crucifié pour toi sur le Golgotha.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 13, 3.6.23 (trad. bréviaire)

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Le don de foi

Le mot « foi » est unique en tant que vocable, mais il a une double signification. Il y a en effet un aspect de la foi qui se rapporte aux dogmes ; il s’agit de l’assentiment sur telle vérité donnée. Cet aspect de la foi est profitable à l’âme, selon la parole du Seigneur : « Celui qui écoute mes paroles et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle » (Jn 5, 24)…

Mais il y a un second aspect de la foi : c’est la foi qui nous est donnée par le Christ comme un charisme, gracieusement, comme un don spirituel. « A l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de science selon le même Esprit, à un autre la foi dans le même Esprit, à un autre le charisme de guérir » (1 Co 12, 8-9). Cette foi qui nous est donnée comme une grâce par l’Esprit Saint n’est donc pas seulement la foi dogmatique, mais elle a la puissance de réaliser ce qui dépasse les forces humaines. Celui qui possède cette foi dira à cette montagne : « Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera ». Car lorsque quelqu’un prononce cette parole avec foi, « en croyant qu’elle va s’accomplir, et sans hésitation intérieure » (Mc 11, 23), alors il reçoit la grâce de sa réalisation. C’est de cette foi qu’il est dit : « Si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde ». En effet, la graine de moutarde est toute petite mais elle recèle une énergie de feu ; semence minuscule, elle se développe au point d’étendre de longues branches et de pouvoir même abriter les oiseaux (Mt 13, 32). De même la foi accomplit dans une âme les plus grands exploits en un clin d’œil.

Quand elle est éclairée par la foi, l’âme représente Dieu et le contemple autant qu’il est possible. Elle embrasse les limites de l’univers et, avant la fin du temps, elle voit déjà le jugement et l’accomplissement des promesses.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 5, 10-11 ; PG 33, 518-519 (trad. Orval rev ; cf. bréviaire)

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Le Fils éternel

Crois en Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, mais selon l’Évangile, fils unique : « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn 3, 16)…

Il est le Fils de Dieu par nature et non par adoption, puisqu’il est né du Père… Car le Père, étant Dieu véritable, a engendré le Fils semblable à lui-même, Dieu véritable… Le Christ est fils par nature, un vrai fils, non pas un fils adoptif comme vous, les nouveaux baptisés, qui maintenant devenez enfants de Dieu. Car vous devenez vous aussi fils, mais par adoption, selon la grâce, comme il est écrit : « Tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom…» (Jn 1, 12). Nous, nous sommes engendrés de l’eau et de l’esprit (Jn 3, 5), mais ce n’est pas de la même manière que le Christ a été engendré du Père. Car au moment du baptême ce dernier élève la voix et dit : « Celui-ci est mon Fils ». Il ne dit pas : « Celui-ci maintenant est devenu mon Fils » mais : « Celui-ci est mon Fils », pour montrer qu’avant même l’action de son baptême il était Fils.

Le Père a engendré le Fils autrement que, chez les hommes, l’esprit engendre la parole. Car l’esprit en nous subsiste, tandis que la parole, une fois prononcée et diffusée dans l’air, s’évanouit. Mais nous savons que le Christ a été engendré Verbe, Parole non pas proférée mais parole subsistante et vivante, non pas prononcée et sortie de lèvres mais née du Père éternellement, de manière substantielle et ineffable. Car « au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était près de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1), siégeant à sa droite (Ps 109, 1). Il est la Parole qui comprend la volonté du Père et produit toutes choses par son ordre, Parole qui descend et qui remonte (Ep 4, 10)…, Parole qui parle et dit : « Ce que j’ai vu chez mon Père, voilà ce que je dis » (Jn 8, 38). Parole pleine d’autorité (Mc 1, 27) et qui régit tout, car « le Père a tout remis au Fils» (Jn 3, 35).

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 11 (trad. Eds. Soleil Levant 1962, p. 212s rev.)

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Le Fils nous est donné

Si quelqu’un veut honorer Dieu, qu’il se prosterne devant son Fils… Du haut du ciel, le Père a fait entendre ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ». Le Père trouve sa joie dans le Fils ; si tu ne trouves pas ta joie en lui toi aussi, tu n’auras pas la vie… Après avoir reconnu qu’il y a un seul Dieu, reconnais aussi qu’il y a le Fils unique de Dieu ; crois en « un seul Seigneur Jésus Christ ». Nous disons « un seul » parce que lui seul est Fils, même s’il a plusieurs noms…

« Il est appelé Christ » [c’est-à-dire l’Oint], un Christ qui n’a pas reçu son onction de mains humaines, mais qui a été oint de toute éternité par le Père pour exercer en faveur des hommes le sacerdoce suprême… Il est appelé « Fils de l’homme », non pas qu’il tienne son origine de la terre, comme chacun de nous, mais parce qu’il doit venir sur les nuées juger les vivants et les morts. Il est appelé « Seigneur », non pas abusivement comme les seigneurs humains, mais bien parce que la seigneurie lui appartient par nature de toute éternité. Il est appelé fort à propos « Jésus » [c’est-à-dire « le Seigneur sauve »], car il sauve en guérissant. Il est appelé « Fils », non pas parce qu’une adoption l’ait élevé à ce titre, mais parce qu’il a été engendré selon sa nature.

Il y a encore beaucoup d’autres appellations de notre Sauveur… Dans l’intérêt de chacun, le Christ se montre sous divers aspects. Pour ceux qui ont besoin de joie, il se fait « vigne » ; pour ceux qui doivent entrer, il est « la porte » ; et pour ceux qui veulent présenter leurs prières, il est là, « Grand Prêtre » et « Médiateur ». Pour les pécheurs, il s’est aussi fait « brebis » afin d’être immolé pour eux. Il se fait « tout à tous », en restant lui-même ce qu’il est par nature.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 10 (trad. Eds. Soleil Levant 1962 ; cf. Orval)

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Le Fils unique

Si quelqu’un veut honorer Dieu, qu’il se prosterne devant son Fils. Sans cela, le Père n’accepte pas d’être adoré. Du haut du ciel, le Père a fait entendre ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ». Le Père trouve sa joie dans le Fils ; si tu ne trouves pas ta joie en lui toi aussi, tu n’auras pas la vie… Après avoir reconnu qu’il y a un seul Dieu, reconnais aussi qu’il y a le Fils unique de Dieu ; crois en « un seul Seigneur Jésus Christ » (Credo). Nous disons « un seul » parce que lui seul est Fils, même s’il a plusieurs noms…

« Il est appelé Christ » [c’est-à-dire l’Oint], un Christ qui n’a pas reçu son onction de mains humaines, mais qui a été oint de toute éternité par le Père pour exercer en faveur des hommes le sacerdoce suprême… Il est appelé « Fils de l’homme », non pas qu’il tienne son origine de la terre, comme chacun de nous, mais parce qu’il doit venir sur les nuées juger les vivants et les morts. Il est appelé « Seigneur », non pas abusivement comme les seigneurs humains, mais bien parce que la seigneurie lui appartient par nature de toute éternité. Il est appelé fort à propos « Jésus » [c’est-à-dire « le Seigneur sauve »], car il sauve en guérissant. Il est appelé « Fils », non pas parce qu’une adoption l’ait élevé à ce titre, mais parce qu’il a été engendré selon sa nature.

Il y a encore beaucoup d’autres appellations de notre Sauveur… Dans l’intérêt de chacun, le Christ se montre sous divers aspects. Pour ceux qui ont besoin de joie, il se fait « vigne » ; pour ceux qui doivent entrer, il est « la porte » ; et pour ceux qui veulent présenter leurs prières, il est là, « Grand Prêtre » et « Médiateur ». Pour les pécheurs, il s’est aussi fait « brebis » afin d’être immolé pour eux. Il se fait « tout à tous », en restant lui-même ce qu’il est par nature.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 10 (trad. Eds. Soleil Levant 1962 ; cf. Orval)

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Le Père du Fils

Le nom du Père, dès qu’on l’énonce, fait aussi penser au Fils ; tout de même qu’en nommant le Fils, on pense aussitôt au Père. Si donc Père il y a, il faut entendre absolument Père d’un Fils ; et si Fils il y a, absolument entendre Fils d’un Père. (…) Certes, en un sens très large, Dieu est le Père de la multitude des êtres, mais par nature et en réalité, il est le Père du seul Fils unique et Seul-engendré notre Seigneur Jésus Christ ; il l’est sans avoir eu à utiliser le temps, mais parce qu’il se trouve depuis toujours être le Père du Seul-engendré. (…)

C’est un Père parfait qui a engendré un Fils parfait, qui a tout donné à celui qu’il a engendré – car « tout m’a été donné, dit Jésus, par mon Père » (Mt 11, 27), qui est honoré par le Seul-engendré « car moi, j’honore mon Père » (Jn 8, 49) dit le Fils, et encore : « Comme moi, j’ai observé les préceptes de mon Père, et je demeure dans son amour » (Jn 15, 10) – nous disons donc, nous aussi avec l’Apôtre : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toutes consolations » (2 Co 1, 3), et « nous fléchissons les genoux devant le Père, de qui toute paternité prend son nom dans les cieux et sur la terre » (Ep 3, 14-15), le glorifiant avec le Seul-engendré. (…)

Si en effet, il nous a été accordé et principalement dans nos prières, de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6, 9), cependant c’est là pure munificence de la miséricorde. Car ce n’est pas pour être nés selon la nature, du Père des cieux, que nous l’appelons « Père » mais transformés par la grâce du Père, par l’action du Fils et du Saint-Esprit, de l’esclavage à l’adoption, nous sommes admis, par l’indicible miséricorde, à employer ce nom.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 7, 4-7 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 117-119 ; rev.)

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Le Père unique et éternel

Que votre âme reçoive le dogme fondamental qui concerne Dieu : il n’y a qu’un Dieu, un seul, sans naissance, sans commencement, sans changement ni mutation. Il n’a pas été engendré par un autre, il n’a pas d’autre être pour prendre la succession de sa vie. Il n’a pas commencé de vivre dans le temps, et il n’est pas davantage de date où il finisse. Il est à la fois bon et juste. (…) Unique est l’auteur du ciel et de la terre, le créateur des anges et des archanges. Il est auteur d’une multitude de créatures, mais le Père d’un seul avant les siècles, d’un seul qui est le Fils unique lui-même, notre Seigneur Jésus Christ, par qui il a fait toutes choses, les visibles et les invisibles.

Ce Père de notre Seigneur Jésus Christ n’est pas circonscrit dans un lieu quelconque, ni plus petit que le ciel ; les cieux au contraire sont l’œuvre de ses doigts, et sa main renferme toute la terre. Il est en toute chose et hors de toutes choses. Ne va pas t’imaginer que le soleil est plus brillant que lui ou lui est égal, car celui qui d’abord a créé le soleil doit, sans comparaison, être beaucoup plus grand et plus brillant que lui. Il sait d’avance ce qui doit exister, il est plus fort que tous les êtres, il les connaît tous, il en fait ce qu’il veut. Il n’est pas soumis aux vicissitudes des choses, ni à la naissance, ni également à la fortune, ni à l’inéluctable. Il est de tout point parfait et possède également toute forme de vertu. Il ne subit ni amoindrissement ni accroissement, mais il est toujours dans le même état et absolument identique à lui-même. Il a préparé aux pécheurs un châtiment, aux justes une couronne.

Bien des gens, de différentes manières, se sont égarés loin de ce Dieu unique. (…) Établis donc d’abord solidement dans ton âme ce dogme de la piété par le moyen de la foi.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 4, 4-6 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54, trad. J. Bouvet, éd. Migne 1993, p. 65-66, rev.)

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Le second avènement

Nous annonçons la venue du Christ : non seulement son premier avènement, mais encore un second beaucoup plus éclatant. Le premier en effet a été marqué du signe de la patience, tandis que l’autre portera le diadème de la royauté divine… Lors du premier avènement, il a été emmailloté et couché dans la crèche ; lors du second, il sera « drapé de lumière comme d’un manteau » (Ps 103, 2). Lors du premier, il a subi la croix et méprisé la honte ; lors du second, il s’avancera dans la gloire escorté d’une armée d’anges.

Il ne nous suffit pas de nous appuyer maintenant sur le premier avènement ; nous attendons encore le second. Et après avoir dit, lors du premier : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Mt 21, 9), nous le redirons encore au moment du second, quand nous viendrons avec les anges à la rencontre du Seigneur pour l’adorer. Le Sauveur viendra non pour être à nouveau jugé, mais pour juger ceux qui ont porté jugement… Il était venu alors pour réaliser le salut et enseigner les hommes par la persuasion ; mais ce jour-là, il soumettra tout à sa royauté.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 15, 1-3 ; PG 33, 870-871 (trad. Orval)

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Le temps favorable

Convertissez-vous, et que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés. »] Vous qui allez être baptisés, vous êtes déjà disciples de la Nouvelle Alliance et participants aux mystères du Christ ; déjà…vous vous êtes fait « un cœur nouveau et un esprit nouveau », pour la joie des habitants des cieux… Vous avez entrepris un bon et très beau voyage… : le Fils unique de Dieu est là tout prêt à vous racheter. « Venez, dit-il, vous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous donnerai le repos. » Vous qui êtes accablés et affligés par vos péchés, pris dans les liens de vos fautes, écoutez le prophète : « Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de ma vue vos actions mauvaises », afin que le chœur des anges vous crie : « Heureux ceux dont les fautes ont été enlevées, le péché remis ! »…

C’est maintenant l’époque de la confession. Confesse les péchés que tu as commis, en parole ou en action, la nuit ou le jour. Confesse-toi en « ce temps favorable » et, « au jour du salut », reçois le trésor du ciel… Débarrasse-toi de toute préoccupation humaine ; occupe-toi de ton âme… Quitte le présent et crois en l’avenir… : « Arrêtez, sachez que moi je suis Dieu »… Purifie ton cœur, pour recevoir la grâce avec plus d’abondance : le pardon des péchés est donné également à tous, mais la participation à l’Esprit Saint est accordée à chacun selon la mesure de sa foi. Si tu te donnes peu de mal, tu recevras peu. Si tu travailles beaucoup, ton salaire sera grand…

Si tu as des griefs contre quelqu’un, pardonne. Tu t’approches du baptistère pour recevoir le pardon de tes péchés : il faut que toi aussi, tu sois indulgent avec les pécheurs.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 1, 1.5

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L’Église universelle

L’Église est appelée catholique (ou universelle) parce qu’elle existe dans le monde entier, d’une extrémité à l’autre de la terre, et parce qu’elle enseigne de façon universelle et sans défaillance toutes les doctrines que les hommes ont besoin de connaître, sur les réalités visibles et invisibles, célestes et terrestres. En outre, elle est appelée catholique parce qu’elle soumet à la vraie religion tout le genre humain, chefs et sujets, savants et ignorants, parce qu’elle soigne et guérit universellement toutes les sortes de péchés, commis par l’âme et par le corps, enfin parce qu’elle possède en elle toutes les sortes de vertus, en actions ou en paroles, quel que soit leur nom, et toutes les diverses sortes de dons spirituels.

Ce nom d’Église – qui veut dire convocation – lui convient tout à fait parce qu’elle convoque et rassemble tous les hommes, ainsi que le Seigneur ordonne dans le Lévitique : « Convoque toute la communauté à l’entrée de la Tente du Témoignage » (Lv 8, 3)… Et dans le Deutéronome, Dieu dit à Moïse : « Convoque devant moi le peuple, et qu’ils entendent mes paroles » (4, 10)… Le psalmiste dit aussi : « Je te rendrai grâce dans la grande assemblée, dans un peuple nombreux je te louerai » (34, 18)…

Mais dans la suite le Sauveur a institué, à partir des nations païennes, une seconde assemblée : notre sainte Église, celle des chrétiens, celle dont il a dit à Pierre : « Et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16, 18)… Lorsque la première assemblée qui était en Judée a été détruite, les Églises du Christ se sont multipliées par toute la terre. C’est d’elles que parlent les psaumes lorsqu’ils disent : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau, sa louange est dans l’assemblée des saints » (149, 1)… C’est de la même Église sainte et catholique que Paul écrit à Timothée : « Tu dois savoir comment te comporter dans la maison de Dieu, sa communauté, l’Église du Dieu vivant, qui est le pilier et le soutien de la vérité » (1Tm 3, 15).

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 18, § 23-25 (trad. bréviaire 17e merc. rev.)

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L’Esprit vivifiant

« L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle » (Jn 4, 14). C’est une eau toute nouvelle, vivante et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l’Esprit est-il appelé une « eau » ? C’est parce que l’eau est à la base de tout ; parce que l’eau produit la végétation et la vie ; parce que l’eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce que, tombant sous une seule forme, elle agit pourtant de façon multiforme… Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n’a qu’une seule manière d’être, et elle n’est pas différente d’elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s’adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.

L’Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, « il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté » (1 Co 12, 11). De même que le bois sec, associé à l’eau, produit des bourgeons, de même l’âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l’Esprit soit simple, c’est lui, sur l’ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus.

Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse ; il éclaire par la prophétie l’âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d’interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l’un, il enseigne à un autre l’art de l’aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l’ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n’est pas différent de lui-même, ainsi qu’il est écrit : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » (1 Co 12, 7).

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 16 (trad. bréviaire 7e lundi de Pâques)

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L’homme de la onzième heure

L’un des bandits crucifié avec Jésus s’écriait : « Souviens-toi de moi, Seigneur ! Maintenant, c’est vers toi que je me tourne… Je ne te dis pas mes œuvres car elles me font trembler. Tout homme est bien disposé envers son compagnon de route, me voici ton compagnon de route vers la mort. Souviens-toi de moi, ton compagnon de voyage, non pas maintenant, mais quand tu vas arriver dans ton Royaume » (Lc 24, 42).

Quelle puissance t’a donc illuminé, ô bon larron ? Qui t’a donc appris à adorer ainsi celui qui est méprisé et crucifié avec toi ? O lumière éternelle qui illumines ceux qui sont dans les ténèbres (Lc 1, 79) ! « – Prends courage… En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis, puisque aujourd’hui tu as entendu ma voix et tu n’as pas endurci ton cœur (Ps 94, 8). Parce qu’il a désobéi, Adam a été vite expulsé du jardin du Paradis… Pour toi qui obéis à la foi aujourd’hui, aujourd’hui tu seras sauvé. Pour Adam, le bois avait été occasion de chute ; pour toi, le bois va te faire entrer dans le paradis…

Ô grâce immense et inexprimable : Abraham, le fidèle par excellence, n’était pas encore entré, et le larron entre. Paul en est frappé d’étonnement et dit : « Là où le péché a été abondant, la grâce a été surabondante ! » (Rm 5, 20). Ceux qui avaient peiné tout le jour n’étaient pas encore entrés dans le Royaume, et lui, l’homme de la onzième heure, il est admis sans retard. Que personne ne murmure contre le maître : « Je ne fais tort à personne ; n’ai-je pas le pouvoir de faire ce que je veux chez moi ? » Le larron veut être juste…, je me contente de sa foi… Moi, le pasteur, j’ai trouvé la brebis perdue, je la prends sur mes épaules (Lc 15, 5) parce qu’elle a dit : « J’ai erré, mais souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu entreras dans ton Royaume ».

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 13 (trad. Bouvet, éd. Soleil Levant 1962, p. 285s rev.)

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Naturelles résurrections

Un arbre arraché, coupé même sur le pied, puis replanté – le saule, par exemple – repousse et refleurit ; et un homme arraché de dessus le sol ne revivra pas ? Les semences moissonnées reposent, dorment dans les greniers et revivent au printemps ; et l’homme moissonné, jeté dans les greniers de la mort, ne revivra pas ? Un bourgeon de vigne, une branche coupée et transplantée, se ravivent et portent des fruits ; et l’homme pour qui tout a été créé, une fois tombé ne pourra pas se relever ?

Contemplez aussi ce qui se passe autour de vous. Méditez sur le tableau de ce vaste univers. Je sème du blé ou toute autre graine ; il tombe, il pourrit et ne peut plus servir à la nourriture de l’homme. Mais de sa pourriture il renaît, il s’élève, il se multiplie. Je n’ai semé qu’un seul grain et j’en recueille vingt, trente et plus. Or pour qui a-t-il été créé ? N’est-ce pas pour notre usage ? Ce n’est pas pour elles-mêmes que toutes ces semences sont sorties du néant. Donc ce qui a été créé pour nous meurt et renaît, et nous, pour qui ce prodige s’opère tous les jours, nous serions exclus de ce bienfait ? Comment croire qu’il n’y aurait pas de résurrection pour nous ?

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 18, 6 ; PG 38, 1021

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Oints de l’Esprit du Christ

Frères, baptisés dans le Christ, revêtus du Christ (Ga 3, 27), vous avez été configurés au Fils de Dieu. Car Dieu, qui nous a prédestinés à l’adoption (Rm 8, 29), nous a modelés (Gn 2, 7) sur le corps glorieux du Christ… Vous êtes devenus des « christs » puisque vous avez reçu la marque du Saint Esprit. Tout ce qui vous est arrivé, c’est l’image de ce qui est arrivé au Christ, dont vous êtes l’image (Gn 1, 27).

Lorsque, baigné dans les eaux du Jourdain…, le Christ en est remonté, le Saint Esprit en personne a fait irruption sur lui. De même, remontés de la fontaine baptismale, vous avez reçu la chrismation ; vous avez été oints du saint chrême. Cette marque dont le Christ lui-même a été oint, c’est l’Esprit Saint… Le Christ, en effet, n’a pas été « chrismé », n’a pas été oint, par les hommes. C’est le Père qui l’a établi Sauveur de tout l’univers et l’a oint du Saint Esprit, comme l’a proclamé le prophète David : « Dieu, ton Dieu, t’a oint de l’huile d’allégresse, de préférence à tous tes compagnons. » (Ps 44, 8)

De même que le Christ a été réellement crucifié, enseveli et ressuscité, vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection. Ainsi est-il pour la chrismation : Christ était oint d’une huile joyeuse et spirituelle, par l’Esprit Saint…, car il est source de joie spirituelle. Et vous, vous avez été oints d’une huile sainte qui vous a rendus participants et compagnons du Christ lui-même. C’est d’abord sur le front que vous avez été oints, pour être affranchis de la honte du premier Adam et pouvoir contempler à visage découvert, comme dans un miroir (2 Co 3, 16), la gloire du Christ.

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 21, 1-3 ; cf. bréviaire

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Porteurs du Christ

Lorsque le Christ dit lui-même au sujet du pain : « Ceci est mon corps », qui pourrait hésiter ? Et quand il affirme : « Ceci est mon sang », qui pourrait douter ? Jadis à Cana de Galilée, Jésus a transformé l’eau en vin — le vin, frère du sang. Qui maintenant refuserait de croire quand il transforme le vin en sang ? Invité à un mariage d’ici-bas, il a opéré ce miracle étonnant ; à plus forte raison, comment refuser de reconnaître qu’il accorde aux « compagnons de l’époux » (Mt 9, 15) la joie de son Corps et de son Sang ?

Car son corps t’est donné sous l’apparence du pain et son sang sous l’apparence du vin afin qu’ayant participé au corps et au sang du Christ, tu sois avec lui un même corps et un même sang. Ainsi devenons-nous « christophores ». Son corps et son sang se répandant dans nos membres ; voilà comment nous devenons participants de la nature divine. Jadis, s’entretenant avec les juifs, le Christ disait : « Si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 54). Si le pain et le vin te semblent purement naturels, ne t’y arrête pas… Si tes sens te fourvoient, que la foi te rassure.

Quand donc tu t’approches pour le recevoir, ne t’avance pas sans respect, en étendant les paumes des mains, les doigts écartés. Mais puisque sur ta main droite va reposer le Roi, fais-lui un trône de ta main gauche, et dans le creux de ta main reçois le Corps du Christ et réponds : Amen !

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 22 (trad. Eds du Soleil Levant 1962, p. 471)

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Prépare ton âme

Jésus Christ était Fils de Dieu, cependant il ne prêcha pas avant son baptême. Si le Maître lui-même disposait le temps selon un ordre, devons-nous, nous autres les serviteurs, nous monter téméraires et brouillons ? Jésus se mit à prêcher, exactement lorsque l’Esprit Saint descendit sur lui sous la forme corporelle d’une colombe, non pas pour une première manifestation à Jésus (car il connaissait l’Esprit avant même qu’il ne vînt sous une forme corporelle), mais pour que Jean, qui baptisait Jésus, vît l’Esprit. « Moi, dit Jean en effet, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’avait envoyé baptiser dans l’eau, celui-là me dit : “celui sur qui tu verras descendre et s’arrêter l’Esprit, c’est Lui” » (Jn 1, 33).

Si tu as, toi aussi, une pitié sincère, sur toi aussi l’Esprit Saint descendra, et d’en haut la voix du Père se fera entendre, non pas : « Celui-ci est mon Fils » (Mt 3, 17), mais « celui-ci est désormais devenu mon fils. » Car le mot « est » n’appartient qu’à lui, parce qu’ « au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). À lui s’applique le mot « est » parce qu’il est toujours Fils de Dieu ; à toi s’applique au contraire : « il est désormais devenu », parce que tu ne possèdes pas naturellement, mais que tu reçois par adoption l’appellation de fils. Lui « est » éternellement : toi, tu reçois la grâce progressivement.

Prépare donc le réceptacle de ton âme pour devenir fils de Dieu, héritier de Dieu et cohéritier du Christ (cf. Rm 8, 17). Or tu te prépares utilement si tu progresses de la croyance à la ferme conviction, si tu choisis de « dépouiller le vieil homme ».

Cyrille de Jérusalem – Catéchèses baptismales, n° 3, 14-15 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; Éd. Migne 1993 ; p. 61)

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