Césaire d’Arles – textes

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Césaire d’Arles (470-542), portrait évocateur - Site Prier aujourd’hui, 26 août

Césaire d’Arles (470-542), portrait évocateur - Site Prier aujourd’hui, 26 août

Textes

Aimez vos ennemis

L’un de vous dira : « Je ne peux pas du tout aimer mes ennemis. » Partout dans les Saintes Écritures, Dieu t’a dit que tu le peux ; et toi, tu réponds au contraire que tu ne peux pas ? Réfléchis maintenant : qui doit-on croire, Dieu ou toi ? Puisque celui qui est la Vérité même ne peut pas mentir, que la faiblesse humaine abandonne désormais ses excuses futiles. Celui qui est juste n’a pas pu commander quelque chose d’impossible, et celui qui est miséricordieux ne condamnera pas un homme pour ce qu’il n’a pas pu éviter. Pourquoi donc nos faux-fuyants ? Personne ne sait mieux ce que nous pouvons faire que celui qui nous a donné de pouvoir. Tant d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes filles si délicates ont supporté pour le Christ les flammes, le feu, le glaive et les bêtes sauvages de façon imperturbable, et nous, nous disons que nous ne pouvons pas supporter les insultes des gens stupides ?…

En effet, si seuls les bons doivent être aimés, que dire de la conduite de notre Dieu dont il est écrit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » ? (Jn 3, 16) Car quel bien est-ce que le monde avait fait pour que Dieu l’aime ainsi ? Le Christ notre Seigneur a trouvé tous les hommes non seulement mauvais, mais même morts à cause du péché originel ; et cependant… « il nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous » (Ep 5, 2). En agissant ainsi, il a aimé même ceux qui ne l’aimaient pas, comme l’apôtre Paul le dit aussi : « Le Christ est mort pour les coupables » (Rm 5, 6). Et dans sa miséricorde inexprimable il a donné cet exemple au genre humain tout entier, disant : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).

Césaire d’Arles – Sermons au peuple, n° 37 SC 243 (trad. cf. SC p. 231 s)

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Investissez dans les Écritures

Que le Christ vous aide, frères très chers, à toujours accueillir la lecture de la parole de Dieu avec un cœur avide et assoiffé ; ainsi votre obéissance très fidèle vous remplira de joie spirituelle. Mais si vous voulez que les saintes Écritures aient pour vous de la douceur et que les préceptes divins vous profitent autant qu’il le faut, soustrayez-vous pendant quelques heures à vos préoccupations matérielles. Relisez dans vos maisons les paroles de Dieu, consacrez-vous entièrement à sa miséricorde. Ainsi vous réussirez à réaliser en vous ce qui est écrit de l’homme bienheureux : « Il méditera jour et nuit la loi du Seigneur » (Ps 1, 2) et aussi : « Heureux ceux qui scrutent ses commandements, ceux qui le cherchent de tout leur cœur » (Ps 118, 2).

Les commerçants ne cherchent pas à faire des bénéfices sur une seule marchandise mais sur plusieurs. Les cultivateurs cherchent un meilleur rendement en semant différentes sortes de semences. Vous qui cherchez des bénéfices spirituels, ne vous contentez pas seulement d’entendre les textes sacrés à l’église. Lisez les textes sacrés à la maison ; quand les jours sont courts, profitez des longues soirées. Et ainsi vous pourrez amasser un froment spirituel dans le grenier de votre cœur et ranger dans le trésor de vos âmes les perles précieuses des Écritures.

Césaire d’Arles – Sermons au peuple, n° 7, 1 (trad. cf. SC 175, p. 338s)

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La rencontre de Mambré

À Mambré, trois hommes s’approchent d’Abraham et se tiennent debout près de lui (Gn 18). Représentez-vous la scène : ils se présentent au-dessus de lui, non en face de lui. Abraham s’était soumis à la volonté de Dieu, ce qu’exprime le fait que Dieu se trouve au-dessus de lui. Ils ne se tiennent donc pas…en face de lui pour le repousser, mais au-dessus de lui pour le protéger. Abraham accueille trois hommes ; il leur sert trois mesures de pain. Quelle explication donner à cela, mes frères, si ce n’est qu’il reconnaît le mystère de la Trinité ? Il apporte aussi un veau, qui n’est pas dur, mais « bon et tendre ». Pour être aussi bon, aussi tendre, il ne peut s’agir que de celui qui s’est humilié pour nous jusqu’à la mort, le Christ. C’est bien lui, ce veau gras que le père immole pour célébrer le retour du fils repentant (cf. Lc 15, 23), « car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique » (Jn 3, 16).

Abraham va donc à la rencontre des trois hommes, mais celui qu’il adore est unique… Comme je l’ai déjà dit, on y discerne le mystère de la Trinité ; s’il s’est mis à adorer comme s’il n’y avait qu’une seule personne, c’est qu’il sait que Dieu est unique en trois personnes. Il s’adresse à une seule personne lorsqu’il dit : « Fais le détour vers ton serviteur » (v. 3) ; or il ajoute, laissant à penser qu’il s’adresse à plusieurs personnes : « Qu’on apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds » (v. 4).

Que le bienheureux Abraham vous serve d’exemple, frères, pour recevoir vos hôtes avec amabilité, leur laver les pieds avec humilité et respect… Ne négligez pas ces propos, frères, vous qui ne voulez pas vous montrer hospitaliers, vous qui recevez votre hôte comme un ennemi. En fait, à cause de son hospitalité, le bienheureux Abraham méritait de recevoir Dieu en personne tandis qu’il recevait ces trois hommes. Le Christ aussi confirme ce propos en disant dans l’Évangile : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). Ne négligez donc pas les voyageurs, de peur que ce ne soit Dieu en personne que vous refusiez d’accueillir.

Césaire d’Arles – Homélie 83 ; éd. Morin 340 (trad. coll. Pères dans la foi, n° 22, p. 130) 

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La Trinité à Mambré

Où donc a eu lieu cette rencontre [d’Abraham et de ses trois visiteurs] ? « Au chêne de Mambré », ce qui signifie « vision » ou encore « perspicacité ». Voyez-vous en quel endroit le Seigneur peut organiser une rencontre ? Il est vrai que les qualités de clairvoyance et de perspicacité d’Abraham plaisaient au Seigneur ; il avait le cœur pur, de sorte qu’il lui était possible de voir Dieu (cf. Mt 5, 8). En un tel lieu, en un tel cœur, le Seigneur pouvait donc réunir des convives.

Dans l’Évangile, le Seigneur a parlé aux juifs de cette rencontre ; il leur dit : « Abraham, votre père, a exulté à la pensée qu’il verrait mon jour. Il l’a vu et a été dans la joie ». « Il a vu mon jour », dit-il, parce qu’il a reconnu le mystère de la Trinité. Il a vu en son jour le Père, le Fils et le Saint Esprit, et les trois personnes réunies en un seul jour, tout comme Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit ne sont tous trois qu’un seul Dieu. En effet, chaque personne divine en particulier est un Dieu à part entière, et simultanément toutes trois ensemble sont Dieu. Il n’est donc pas incongru de discerner le Père, le Fils et le Saint Esprit dans les trois mesures de farine qu’apporte Sarah, puisqu’il y a unité de substance.

On peut néanmoins avancer une autre interprétation et voir en Sarah l’image de l’Église : les trois mesures de farine peuvent être interprétées comme étant la foi, l’espérance et la charité. Ces trois vertus rassemblent en effet les fruits de l’Église universelle ; tout homme qui a mérité de réunir en lui ces trois vertus peut être assuré de recevoir la Trinité toute entière en son cœur.

Césaire d’Arles – Homélie 83 ; éd. Morin 340 (trad. coll. Pères dans la foi, n° 22, p. 130)

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Le Miséricordieux

La vraie miséricorde qui est dans les cieux (cf. Ps 35, 6), c’est le Christ notre Seigneur. Qu’elle est douce et qu’elle est bonne, elle qui, sans que personne la cherche, est descendue spontanément des cieux et s’est abaissée pour nous relever…

Et le Christ nous a promis d’être avec nous jusqu’à l’accomplissement du temps, comme il le dit lui-même dans l’Évangile : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Voyez sa bonté, mes frères ; il est déjà au ciel à la droite de Père, et il veut bien peiner encore avec nous sur la terre. Avec nous, il veut avoir faim et soif, avec nous il veut souffrir, avec nous être un étranger, il ne refuse même pas de mourir et d’être emprisonné avec nous (Mt 25, 35s)… Voyez quel est pour nous son amour : dans son indicible tendresse, il veut souffrir en nous tous ces maux.

Oui, la vraie miséricorde venue du ciel, c’est-à-dire notre Christ Seigneur, t’a créé alors que tu n’existais pas, il t’a cherché alors que tu étais perdu, il t’a racheté alors que tu étais vendu… Et maintenant encore, c’est tous les jours que le Christ daigne s’incorporer à l’humanité ; mais hélas, tous les hommes n’acceptent pas d’ouvrir la porte de leur cœur.

Césaire d’Arles – PLS IV*, 297-299 (trad. En Calcat) Sermon Morin 26, §2-5

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Le pauvre est le Christ

Le Christ, c’est-à-dire la miséricorde céleste, vient chaque jour à la porte de ta maison : non seulement spirituellement à la porte de ton âme, mais aussi matériellement à la porte de ta maison. Car chaque fois qu’un pauvre s’approche de ta maison, c’est sans aucun doute le Christ qui vient, lui qui a dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » N’endurcis donc pas ton cœur ; donne un peu d’argent au Christ, dont tu désires recevoir le Royaume ; donne un morceau de pain à celui dont tu espères recevoir la vie ; accueille-le dans ton logement, afin qu’il te reçoive dans son paradis ; donne-lui l’aumône pour qu’il te donne en retour la vie éternelle.

Quelle audace de vouloir régner dans le ciel avec celui auquel tu refuses ton aumône en ce monde ! Si tu le reçois pendant ce voyage terrestre, il t’accueillera dans son bonheur céleste ; si tu le méprises ici dans ta patrie, il détournera son regard de toi dans sa gloire. Un psaume dit : « Dans ta cité, Seigneur, tu méprises leur image » (Ps 72, 20 Vulg) ; si dans notre cité, c’est-à-dire dans cette vie, nous méprisons ceux qui sont faits à l’image de Dieu (Gn 1, 26), nous devons craindre d’être rejetés dans sa cité éternelle. Faites donc miséricorde ici-bas ;…grâce à votre générosité vous vous entendrez dire cette heureuse parole : « Venez, bénis, recevez en héritage le Royaume. »

Césaire d’Arles – Sermon 26, 5 (trad SC 243, p. 89s rev)

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Pardonner de tout son cœur

Vous savez ce que nous dirons à Dieu dans la prière avant d’en arriver à la communion : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Préparez-vous intérieurement à pardonner, car ces paroles, vous allez les rencontrer dans la prière. Comment allez-vous les dire ? Peut-être ne les direz-vous pas ? Finalement, telle est bien la question : direz-vous ces paroles, oui ou non ? Tu détestes ton frère, et tu prononces « Pardonne-nous comme nous pardonnons » ? – J’évite ces mots, diras-tu. Mais alors, est-ce que tu pries ? Faites bien attention, mes frères. Dans un instant, vous allez prier ; pardonnez de tout votre cœur !

Regarde le Christ pendu sur la croix ; écoute-le prier : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Tu diras sans doute : lui pouvait le faire, pas moi. Je suis un homme, et lui, il est Dieu. Tu ne peux pas imiter le Christ ? Pourquoi alors l’apôtre Pierre a-t-il écrit : « Le Christ a souffert pour vous, il vous a laissé un exemple, afin que vous suiviez ses traces » (1P 2, 21) ? Pourquoi l’apôtre Paul nous écrit-il : « Soyez les imitateurs de Dieu comme des fils bien-aimés » (Ep 5, 1) ? Pourquoi le Seigneur lui-même a-t-il dit : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29) ? Nous biaisons, nous cherchons des excuses, quand nous prétendons impossible ce que nous ne voulons pas faire… Mes frères, n’accusons pas le Christ de nous avoir donné des commandements trop difficiles, impossibles à réaliser. En toute humilité, disons-lui plutôt avec le psalmiste : « Tu es juste, Seigneur, et ton commandement est juste » (Ps 118, 137).

Césaire d’Arles – Sermon Morin 35, PLS IV, 303s (trad. En Calcat)

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Qu’il me suive

En péchant, l’homme avait couvert sa route d’obstacles, mais celle-ci a été aplanie lorsque le Christ l’a foulée à sa résurrection et qu’il a fait, d’un sentier étroit, une avenue digne d’un roi. L’humilité et la charité sont les deux pieds qui permettent de la parcourir rapidement. Tous sont attirés par les hauteurs de la charité, mais l’humilité est le premier degré qu’il faut monter. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber et non monter ? Commence par la première marche, c’est-à-dire l’humilité, et déjà elle te fait monter.

Voilà pourquoi notre Seigneur et Sauveur ne s’est pas borné à dire : « Qu’il renonce à lui-même », mais il a ajouté : « Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Que signifie : qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible, c’est ainsi qu’il marchera à ma suite. Dès qu’il aura commencé à me suivre, en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner, qui non seulement se moqueront de lui, mais le persécuteront. Ces gens-là ne se trouvent pas uniquement parmi les païens qui sont hors de l’Église ; il s’en trouve même parmi ceux qui semblent être dans l’Église, si on les juge de l’extérieur…

Dès lors, si tu désires suivre le Christ, porte sa croix sans plus attendre et supporte les méchants sans te laisser abattre… « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Si donc nous voulons mettre cela en pratique, efforçons-nous, avec l’aide de Dieu, de faire nôtre cette parole de l’apôtre Paul : « Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter ». Il est à craindre que si nous recherchons plus de biens terrestres qu’il ne nous en faut, « voulant nous enrichir », nous ne « tombions dans le piège de la tentation, dans une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition » (1Tm 6, 8-9). Daigne le Seigneur nous prendre sous sa protection et nous délivrer de cette tentation.

Césaire d’Arles – Sermon 159 ; CCL 104, 650 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 289 rev.)

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Rends-moi ta vie

Le Seigneur dira à ceux qui ont méprisé sa miséricorde : « Homme, c’est moi qui de mes mains t’ai formé du limon, moi qui ai insufflé l’esprit dans ton corps de terre, moi qui ai daigné t’attribuer notre image et notre ressemblance, moi qui t’ai placé au milieu des délices du Paradis. Mais toi, méprisant les commandements de vie, tu as préféré suivre le séducteur plutôt que le Seigneur…

« Par la suite, alors que tu étais expulsé du Paradis et retenu dans les liens de la mort par le péché, ému de miséricorde, je suis entré dans un sein virginal pour venir au monde, sans dommage pour sa virginité. J’ai été étendu dans une mangeoire, enveloppé de langes ; j’ai supporté les désagréments de l’enfance et les souffrances humaines, par lesquels je me suis fait semblable à toi dans le seul but de te rendre semblable à moi. J’ai enduré les soufflets et les crachats de ceux qui se riaient de moi, j’ai bu le vinaigre avec le fiel. Frappé de verges, couronné d’épines, attaché à la croix, transpercé par la lance, j’ai rendu mon âme dans les tourments pour t’arracher à la mort. Vois la marque des clous auxquels j’ai pendu ; vois mon côté transpercé de blessures. J’ai supporté tes souffrances pour te donner ma gloire ; j’ai supporté ta mort pour que toi, tu vives pour l’éternité. J’ai reposé, enfermé dans le sépulcre, pour que toi, tu règnes dans le ciel.

« Pourquoi as-tu perdu ce que j’ai souffert pour toi ? Pourquoi as-tu renoncé aux grâces de ta rédemption ?… Rends-moi ta vie, pour laquelle j’ai donné la mienne ; rends-moi ta vie que tu détruis sans cesse par les blessures de tes péchés. »

Césaire d’Arles – Sermons au peuple, n° 57, 4 (trad. SC 330, p. 25 rev)

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Suivre le Christ

Quand le Seigneur nous dit dans l’évangile : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même », nous trouvons qu’il nous commande une chose difficile et nous considérons qu’il nous impose un lourd fardeau. Mais si celui qui commande nous aide à accomplir ce qu’il commande, cela n’est pas difficile…

Où devons-nous suivre le Christ, sinon là où il est allé ? Or, nous savons qu’il est ressuscité et monté aux cieux : c’est là que nous avons à le suivre. Il ne faut certainement pas nous laisser envahir par le désespoir, car, si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous avons la promesse du Christ. Le ciel était loin de nous avant que notre Tête y soit montée. Désormais, si nous sommes les membres du corps de cette Tête (Col 1, 18), pourquoi désespérer de parvenir au ciel ? S’il est vrai que sur cette terre tant d’inquiétudes et de souffrances nous accablent, suivons le Christ en qui se trouvent le bonheur parfait, la paix suprême et la tranquillité éternelle.

Mais l’homme désireux de suivre le Christ écoutera cette parole de l’apôtre Jean : « Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché » (1Jn 2, 6). Tu veux suivre le Christ ? Sois humble, comme il l’a été. Tu veux le rejoindre dans les hauteurs ? Ne méprise pas son abaissement.

Césaire d’Arles – Sermon 159, 1, 4-6 ; CCL 104, 650 (trad Delhougne, Les Pères commentent, p. 288)

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Va vers le pauvre

Si nous faisons bien attention, frères, le fait que le Christ a faim dans les pauvres nous est profitable… Regarde : un sou d’un côté et le Royaume de l’autre. Quelle comparaison y a-t-il ? Tu donnes un sou au pauvre et du Christ tu reçois le Royaume ; tu donnes un morceau de pain et du Christ tu reçois la vie éternelle ; tu donnes un vêtement et du Christ tu reçois la rémission de tes péchés.

Ne méprisons donc pas les pauvres, mais désirons-les plutôt et hâtons-nous d’aller au-devant d’eux, parce que la misère des pauvres est le médicament des riches, comme le Seigneur lui-même l’a dit : « Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et tout sera pur pour vous », et encore : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes » (Lc 11, 41 ;12, 33). Et l’Esprit Saint s’écrie par le prophète : « Comme l’eau éteint le feu, ainsi l’aumône éteint le péché » (Si 3, 30)… Faisons donc miséricorde, frères, et avec l’aide du Christ, tenons le lien de sa garantie, celle surtout que je vous ai rappelée quand il dit : « Donnez et on vous donnera » (Lc 6, 38) et encore : « Bienheureux les miséricordieux, car eux-mêmes obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

Que chacun s’applique, selon ses moyens, à ne pas venir à l’église les mains vides : celui qui désire recevoir doit en effet offrir quelque chose. Que celui qui le peut couvre le pauvre d’un vêtement neuf ; que celui qui ne le peut pas en offre au moins un vieux. Quant à celui qui ne se juge pas assez à l’aise pour cela, qu’il offre un morceau de pain, qu’il accueille un voyageur, qu’il lui prépare un lit, qu’il lui lave les pieds, pour mériter d’entendre le Christ lui dire : « Venez, les bénis, prenez possession du Royaume ; car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli. » Personne, frères très chers, ne pourra s’excuser de ne pas faire l’aumône, quand le Christ a promis de donner une récompense en échange d’un verre d’eau fraîche (Mt 10, 42).

Césaire d’Arles – Sermon 25 (trad. SC 243, p. 75)

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Vouloir aimer

Il y a beaucoup de choses qu’à cause de la faiblesse humaine nous n’arrivons pas à accomplir physiquement ; mais, si nous le iment, nous pouvons, avec l’inspiration de Dieu, trouver de l’amour dans notre cœur. Il y a parfois beaucoup de choses que nous n’arrivons pas à sortir de notre grenier, de notre cave ou de notre cellier, mais nous n’avons pas d’excuse quand il s’agit de notre cœur…

On ne nous dit pas : « Allez jusqu’à l’Orient, et cherchez l’amour ; naviguez vers l’Occident et vous trouverez l’amour ». Non, on nous ordonne de rentrer à l’intérieur de notre cœur, d’où la colère nous fait sortir si souvent. Comme le dit le prophète : « Pécheurs, revenez à votre cœur » (Is 46, 8). Ce n’est pas dans les pays lointains qu’on trouve ce que le Seigneur demande de nous ; il nous envoie à l’intérieur de nous-mêmes, dans notre cœur, car il a placé en nous ce qu’il nous demande. La charité parfaite n’est autre que la bonne volonté de l’âme ; c’est à propos d’elle que les anges ont proclamé aux bergers : « Paix sur terre aux hommes de bonne volonté » (Lc 2, 14 Vulg)…

Travaillons donc de toutes nos forces, avec l’aide de Dieu, à donner la première place dans notre âme à la bonté plutôt qu’au mal, la patience plutôt que la colère, la bienveillance plutôt que l’envie, l’humilité plutôt que l’orgueil. Bref, que la douceur de la charité prenne tellement possession de notre cœur qu’il n’y ait plus de place pour l’amertume de la haine.

Césaire d’Arles – Sermon 37, 1 ; SC 243 (trad. SC p. 229 rev.)

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