La Conversion chez les Pères de l’Église

Retour
D. Vigne - La conversion chez les Pères de l'Église

D. Vigne - La conversion chez les Pères de l'Église

2014 Livres

Daniel Vigne, La Conversion chez les Pères de l’Église, Paris, Parole et Silence, , 280 p., ISBN 978-2-88918-192-6. [éditeur]

La Conversion chez les Pères de l’Église

Introduction par Daniel Vigne

À l’heure où l’Église insiste sur l’urgence d’une nouvelle évangélisation, il est utile de se souvenir des temps où l’Évangile a commencé son chemin parmi les hommes. De cette première annonce, les Pères de l’Église ont été non seulement les témoins, mais les acteurs privilégiés. Chrétiens, ils connaissaient, pour l’avoir personnellement vécue, l’expérience décisive qui avait fait d’eux des croyants. Prédicateurs, ils ont porté et proclamé au dehors la Parole qui les avait touchés. Pasteurs, ils appelaient les fidèles à une nouveauté radicale et à conformer leurs actes à leur foi. Théologiens, ils ont pétri les mots de la cité pour leur faire dire les mystères divins. La conversion, puissance transformatrice, se rencontre partout dans leur message, comme aussi dans leur existence souvent difficile et éprouvée.

Faut-il rappeler, à ce sujet, que les chrétiens des premiers siècles vivaient dans une société profondément païenne ? Non seulement au temps des persécutions, mais aussi par la suite, une sourde hostilité continuait de résister à l’Esprit évangélique. Les pesanteurs de l’âme humaine ne se laissent pas vaincre d’un coup de goupillon ! Superstition, dureté de cœur, étroitesses morales et psychologiques étaient malheureusement fréquentes dans la société antique. Sous d’autres formes, les mêmes blocages persistent dans la modernité, et les mêmes défis attendent ceux qui proposent aux hommes de devenir croyants. Les chrétiens qui, aujourd’hui, se plaignent et se lamentent des résistances de leurs contemporains au message évangélique feraient bien de s’en souvenir.

Car la conversion n’est jamais une évidence, ni une expérience tranquille. La mutation qu’elle implique tient à la fois du changement de mentalité (metanoia) et du revirement concret (epistrophè). Elle est un renversement complet, qui affecte autant l’âme que le corps, autant nos convictions que nos comportements. Elle n’est ni acquise ni réglée une fois pour toutes, mais toujours à réactiver. Peut-être est-ce le malheur des temps de chrétienté que d’avoir oublié ce fait. Peut-être payons-nous cher l’illusion d’avoir christianisé des masses, plutôt que converti des personnes. Quoi qu’il en soit, la conversion est devant chacun de nous comme un appel et un programme. L’insistance des Pères sur ce thème sera toujours là pour nous le rappeler.

Le présent recueil vise effectivement à prouver l’importance que les auteurs chrétiens de l’Antiquité accordent à la conversion comme point central et cœur battant de l’existence chrétienne. Chacun des quinze articles ici rassemblés souligne, de façon particulière, la place décisive qu’elle occupe dans la pensée des Pères. Il est beau de vérifier, page après page, leurs convergences et d’en recevoir, peut-être, des lumières pour notre propre chemin. Malgré leurs différences, les Pères ne sont-ils pas les témoins d’une unique expérience de foi qui, si nous le voulons, nous rejoint et nous concerne ? Par-delà les distances et les siècles, ne sont-ils pas nos frères aînés et, spirituellement, nos contemporains ?

Deux études à caractère général, et assez contrastées, encadrent cette série d’articles. La première traite de la conversion comme expérience d’illumination, sur un plan plutôt individuel et symbolique. La dernière traite des conversions collectives, sur un plan politique et socio-historique. Tension révélatrice de la complexité du sujet : de la guérison de l’aveugle-né à l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais, des récits de l’Évangile à ceux de Bède le vénérable, du kérygme primitif aux épopées médiévales, quelle continuité ? Comment la conversion, cette expérience intime, agit-elle à long terme sur le devenir des civilisations ?

Les treize autres articles, voyageant de siècle en siècle et d’Orient en Occident, fournissent des éléments de réponse à cette question et confirment la richesse du thème. Entre les diverses parties du monde chrétien antique, l’équilibre est respecté. Parmi les auteurs d’expression grecque : Justin et les Apologistes, Origène, Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Cyrille d’Alexandrie et Maxime le Confesseur. Parmi les Pères latins : ­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­Hilaire de Poitiers, Ambroise de Milan, Augustin et Jérôme. Le monde syriaque n’est pas perdu de vue, avec Mara ben Sérapion, Tatien, Bardesane et le Pseudo-Macaire. Sans prétendre à un tableau complet, qui exigerait un travail encyclopédique, on peut dire que toutes les principales dimensions du problème sont ici abordées.

Ce travail est le fruit d’une collaboration inter-universitaire, du même type que celle qui a donné naissance à un précédent recueil (Lire le Notre Père avec les Pères, Parole et Silence, Paris, 2009), dans le cadre de l’Équipe de recherche « Patristique et spiritualité », dont j’ai à ce jour la responsabilité au sein de l’Institut Catholique de Toulouse. Les auteurs du livre proviennent donc d’institutions ecclésiastiques aussi bien que laïques. Pour les premières : les Instituts catholiques de Toulouse et de Paris, l’Université catholique de Lyon, les Facultés de théologie catholique et de théologie protestante de l’Université de Strasbourg, la Faculté pontificale de théologie de Naples, l’Institut catholique d’études supérieures de La Roche-sur-Yon. Pour les secondes : l’Université Paris IV-Sorbonne, l’Université de Tours, l’Université Toulouse II-Le Mirail, l’Université Stendhal-Grenoble III, ainsi que le CNRS, la collection « Sources Chrétiennes » et la Fondation « Civitas Europica Centralis » (Budapest).

Mais derrière les institutions se tiennent toujours les personnes, comme derrière l’histoire de l’Église se tiennent ces figures uniques que sont les Pères dans leur diversité. L’aventure humaine, et plus encore l’aventure spirituelle, s’écrivent au singulier. Je tiens donc à saluer personnellement, dans l’ordre des textes ici présentés, chacun des universitaires qui les ont rédigés : Agnès de Baynast, Bernard Pouderon, Izabela Jurasz, Attila Jakab, Rémi Gounelle, Vincent Desprez, Laurence Gosserez, Enrico Cattaneo, Marie-Ange Calvet-Sebasti, Anne-Claire Favry, Régis Courtray, Dominique Bertrand, Élie Ayroulet et Françoise Vinel. Ce livre doit tout à leur grande compétence, mais aussi à leur confiance et leur patience. Qu’ils en soient sincèrement remerciés.

Table des matières

Agnès de Baynast – Le converti : un aveugle illuminé.

Daniel Vigne – La conversion de Justin de Rome.

Bernard Pouderon – Récits de conversion chez les Apologistes Grecs.

Izabela Jurasz – « Supérieurs aux lois de la fatalité. » La dimension cosmique de la conversion selon les Apologistes syriaques.

Attila Jakab – Le christianisme d’Origène, ou comment être chrétien dans une période de mutation.

Rémi Gounelle – L’itinéraire spirituel d’Hilaire de Poitiers (De Trinitate, I.1-14).

Vincent Desprez – Conversion et pénitence, portes du progrès spirituel selon le Pseudo-Macaire.

Laurence Gosserez – Une pédagogie de la foi : l’exégèse de Jn 11, 1-44 dans l’Exameron d’Ambroise de Milan.

Enrico Cattaneo – La conversion dans le Commentaire sur Isaïe de Basile de Césarée.

Marie-Ange Calvet-Sebasti – Les chemins de la conversion dans l’œuvre de Grégoire de Nazianze.

Anne-Claire Favry – Accueillir un nouveau converti : les conseils d’Augustin au diacre Deogratias.

Régis Courtray – Saint Jérôme et la conversion à l’Écriture.

Dominique Bertrand – Une conversion théologique : Cyrille d’Alexandrie et l’acte d’union de 433.

Élie Ayroulet – Retournement et transformation : les deux dimensions de la conversion selon Maxime le Confesseur.

Françoise Vinel – Conversions collectives, conversion des peuples. Hagiographie et histoire.

____

 

À lire aussi

To top