Comme des plants d’olivier : les enfants dans la Bible

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Le départ d’Abraham vers Canaan, tableau de Jozsef Molnar, 1850 - Magyar Nemzeti Galerie, Budapest

Le départ d’Abraham vers Canaan, tableau de Jozsef Molnar, 1850 - Magyar Nemzeti Galerie, Budapest

1982 Articles

Daniel Vigne, « Comme des plants d’olivier : les enfants dans la Bible », dans Bonne Nouvelle n° 58 (mars-avril 1988), p. 4-8 et dans L’Appel du Maître n° 2 (mars-avril 1988), p. 11.975-11.985 ; dans L’Appel du Maître n° 2 (mars-avril 1988), p. 11.975-11.985 ; dans Lettre de la Théophanie n° 46-47, février-mars 1982, p.25-34. [pdf]

Comme des plants d’olivier : les enfants dans la Bible 

La Bible parle des enfants et de leur éducation. Directement, par des commandements précis, des conseils de sagesse, mais aussi indirectement, par des allusions constantes à la vie familiale et par la grande pédagogie d’un Dieu qui est un Père.

Les données de la Bible sur le sujet sont, en fait, très nombreuses, et elles donnent un enseignement cohérent et complet si on les regroupe autour de ces trois questions-clés : Qui est l’enfant ? Quel est notre rôle de parents ? Comment exercer ce rôle ?

1. Qui est l’enfant ?

L’enfant est un être inachevé

L’Ancien Testament insiste sur cette vision de l’enfant comme être inachevé, incomplet. Physiquement, il est faible et délicat (Gn 33, 13). Socialement, il n’a pas de métier, pas de savoir-vivre. Humainement, il n’a ni expérience, ni prudence, ni sagesse (Pr 14, 15). C’est un « simple », au mauvais sens du terme. Voilà pourquoi il devra patienter : Il se nourrira de laitage et de miel jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien (Is 7, 15).

Jésus fait allusion à cette insouciance irresponsable des enfants qui ne savent pas très bien ni ce qu’ils veulent, ni ce qu’ils doivent faire : Mais à qui puis-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places… (Mt 11, 16). Ce premier aspect de l’enfant est clair aussi dans les comparaisons de saint Paul, qui recommande de ne pas se montrer des enfants en matière de jugement (1 Co 14, 20). Les enfants en effet n’ont pas le sens moral exercé par l’habitude au discernement du bien et du mal (He 5, 13-14).

Le facteur temps est donc décisif. Lorsque j’étais enfant, écrit encore Paul, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant. Une fois devenu homme, j’ai fait disparaî tre ce qui était de l’enfant (1 Co 13, 11). L’enfance n’est pas à proprement parler un état. C’est un passage progressif à l’état adulte.

L’enfant est marqué par le péché

Même par ses jeux, dit le livre des Proverbes, un enfant fait connaître si ses actes seront purs et droits (Pr 20, 11). En devenant adulte, en apprenant à rejeter le mal et choisir le bien (Is 7, 16), l’enfant doit combattre contre une tendance au mal qui est inscrite en lui, dans son propre cœur. Une hérésie moderne veut nous faire croire que l’enfant n’est qu’innocence et pureté : « L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt ». La Bible écarte radicalement cette thèse : Vois, dit David, mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu (Ps 50 (51), 7). Et le livre des Proverbes : La folie est ancrée au cœur de l’enfant (Pr 22, 15).

Mais d’où vient cette tare ? D’où vient qu’il y a de l’ivraie dans ce champ ?, demandent les serviteurs. Et le propriétaire de répondre : C’est quelque ennemi qui a fait cela (Mt 13, 27-28). Nous savons tous de qui il s’agit, et que le péché est au-dedans une bête tapie qui nous convoite et que tu dois dominer (Gn 4, 7). C’est donc bien du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les desseins mauvais (Mc 7, 21)… Ce petit-fils d’Adam et de Caïn ne fera pas exception.

Voilà pourquoi un enfant laissé à lui-même devient insolent (Si 30, 8), il devient la honte de sa mère (Pr 29, 15). L’état de l’enfant nécessite de notre part une intervention, car si nous n’intervenons pas, non seulement nous aurons à endurer son insolence (Si 30, 13), mais son âme ira au Shéol (Pr 23, 14).

L’enfant nous émerveille

Jésus aimait les enfants. Partout où il passait, on les lui présentait pour qu’il les touchât (Lc 18, 15). Il les embrassait, leur imposait les mains (Mc 10, 16). Et lorsque les disciples les rabrouaient, il se fâchait : Laissez venir à moi les petits enfants ! Ne les empêchez pas (Mt 19, 14). Et encore, dit le Seigneur, gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ! (Mt 18, 10). C’est réellement Jésus qui inaugure cette bienveillance émerveillée envers l’enfant. Il nous le montre comme un « simple », cette fois au bon sens du terme. Par la conscience qu’il a de sa fragilité, par sa dépendance totale envers ses parents, par la simplicité de ses demandes, l’enfant est une parabole. Il est une image du disciple.

Si nous voulons entrer dans le Royaume des Cieux, il nous faut accepter de renaître (Jn 3, 5), d’accueillir le Royaume en petit enfant (Lc 18, 17), de retourner à l’état des enfants (Mt 18, 3), car c’est aux tout-petits que le Père le révèle (Mt 11, 25). Si nous voulons être le plus grand dans le Royaume des Cieux, il faudra se faire le dernier de tous, le serviteur de tous (Mc 9, 35), petit comme ce petit enfant-là (Mt 18, 4), dit le Seigneur. On le voit, il n’y a rien de mièvre dans l’attitude de Jésus. Ses comparaisons sont des exigences radicales.

C’est en ce sens que Paul, qui est surtout sensible à l’imperfection de l’enfance, accepte que nous soyons des petits enfants pour la malice (1 Co 14, 20) c’est-à-dire pour l’absence de malice, et que Pierre nous demande de nous purifier pour être comme des enfants nouveaux-nés (1 P 2, 2).

2. Quel est notre rôle de parents ?

[p. 5] Pour préciser ce rôle, partons de la Genèse. Après le récit de la Création, la Bible nous a laissé deux enseignements très clairs, touchant, l’un les enfants, et l’autre, le couple. Dieu créa l’homme à son image. […] Homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre (Gn 1, 27-28). Et Dieu vit que cela était très bon (Gn 1, 31). À l’origine, le Seigneur a donc fait reposer sa pleine bénédiction sur l’union et la fécondité du couple humain.

Mais, par la faute, une double malédiction est venue s’abattre sur Ève et, par elle, sur toutes les familles humaines. La première concerne les enfants : Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. La seconde atteint le couple : Ta convoitise te poussera vers ton mari, et lui dominera sur toi (Gn 3, 16).

Les enfants

Par le péché, c’est plus que la grossesse et l’enfantement de la femme, c’est toute l’éducation qui est marquée d’un sceau de douleur. Il nous faut attribuer nettement à la puissance du péché et du mal, et non à quelque fatalité de la vie de famille, toutes nos difficultés à éduquer nos enfants (Si 42, 9). Le malin cherche à éloigner les enfants des enseignements de leurs parents par toutes sortes de séductions. Les livres sapientiaux sont une constante mise en garde : Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n’y cours pas ! Ne les suis pas ! (Pr 1, 10- 15). Écoute-moi, mon fils : ne fais pas attention à la femme perverse, à la prostituée… (Pr 6, 20-35).

Mais le malin cherche surtout à dresser les enfants contre leurs parents. Dans l’Ancien Testament, la loi est impitoyable : Quiconque traite indignement, ou maudit, ou frappe son père ou sa mère sera mis à mort (Dt 27, 16 ; Lv 20, 9 ; Ex 21, 15). L’insoumission elle-même est considérée comme une abomination : Si un homme a un fils dévoyé et indocile, qui ne veut écouter ni la voix de son père. ni la voix de sa mère, et qui, puni par eux, ne les écoute pas davantage. […] Ils se saisiront de lui et l’amèneront dehors aux anciens de la ville. […] Alors tous ses concitoyens le lapideront. Tu feras disparaître le mal au milieu de toi » (Dt 21, 18-21). La Parole de Dieu n’est pas plus tendre dans le livre des Proverbes : L’œil qui nargue un père et méprise le grand âge d’une mère, les corbeaux du torrent le crèveront, les aigles le dévoreront (Pr 30, 17).

À la fin des temps, que nous touchons, ce mal empire terriblement, comme l’a prophétisé Jésus : Les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir (Mt 10, 21). Dans les derniers jours, écrit Paul à deux reprises dans deux épîtres, les hommes seront désobéissants à leurs parents (2 Tm 3, 2 ; Rm 1, 30).

Mais Dieu a prévu un ordre divin, béni, une relation entre parents et enfants qui Lui plaît. Je suis le Dieu qui garde son amour pour mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements (Dt 7, 9). Nous verrons quel est cet ordre, et quels sont ces commandements. Souvenons-nous d’abord des bénédictions et des promesses qui y sont attachées, puisque, dit saint Paul : Honore ton père et ta mère est le premier commandement auquel soit attaché une promesse : Pour que tu aies longue vie et bonheur sur la terre (Ep 6, 2 ; Dt 5, 16).

Oui le cœur des pères sera ramené vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères (Ml 3, 24). Nos enfants feront les délices de notre âme (Pr 29, 17). [p. 6] Ils seront comme de jeunes plants d’olivier alentour de la table (Ps 127 (128), 3). Ils feront la joie de leur père et l’allégresse de celle qui les a enfantés (Pr 23, 25). Voilà de quels biens sera béni l’homme qui craint le Seigneur (Ps 127 (128), 4).

Le couple

Les prescriptions de la Première épitre de Pierre concernant le couple prennent exactement à rebours les malédictions de la Genèse : Ta convoitise te poussera vers ton mari  était-il écrit (Gn 3, 16). L’action du mal consistait à attirer la femme vers une pente d’accaparement, de sensualité, de caprice. Ceci est retourné par les commandements de l’apôtre : Vous les femmes, soyez soumises à vos maris. […] Que votre vie soit chaste et pleine de respect. […] Que votre parure ne soit pas extérieure, mais à l’intérieur[…] d’une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu »(1 P3, 1-4).

Et lui dominera sur toi, était-il encore écrit. Et c’est ici la pente tyrannique, oppressive et vantarde sur laquelle le péché a entraîné l’homme, qui va, elle aussi, devoir basculer. Vous les maris, menez la vie commune avec compréhension, comme auprès d’un être plus fragile, la femme : accordez-lui sa part d’honneur, comme cohéritière de la grâce de vie (1 P 3, 7). Et vient la conclusion, comme une promesse : Ainsi nos prières ne seront pas entravées ». Par exemple, vos prières pour vos enfants…

L’équilibre d’un couple est un facteur d’exaucement ! Voilà de quoi nous encourager à ajuster nos rôles de mari et de femme. Quant à nos rôles plus précisément de père et de mère, une autre épître nous aidera à les discerner,

Paternité et maternité

En se comparant, auprès des Thessaloniciens, à une mère et un père, Paul nous livre sans le vouloir un enseignement précieux : Comme une mère nourrit ses enfants et prend soin d’eux, telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer […] notre propre vie » (1 Th 2, 7- 8). La vocation de la femme est de donner la vie. Chaque fois que Dieu triomphe de la stérilité d’une femme (Sara, Rebecca, Rachel, Anne, Élisabeth…), c’est une explosion de joie. Ainsi le tressaillement, l’exultation de Marie.

Dans la maternité, la femme trouve sa joie, son « lieu » véritable. Elle sera sauvée en devenant mère,  écrit Paul (1 Tm 2, 15). La femme parfaite (Pr 31, 10), telle que l’Ancien Testament souhaite en trouver, Paul nous la décrit : aimant son mari et ses enfants, réservée, chaste, femme d’intérieur, bonne, soumise à son mari, en sorte que la Parole de Dieu ne soit pas blasphémée (Tt 2, 4).

Un peu plus loin dans cette Épître aux Thessaloniciens, Paul écrit encore : Comme un père pour ses enfants, nous vous avons exhortés, encouragés, adjurés de mener une vie digne (1 Th 2, 11-12). La nuance est claire. L’apôtre avait évoqué une tendresse de mère, il montre maintenant l’autorité d’un père. Le père, dans la Parole de Dieu, est le chef incontesté de la famille : père, maître, seigneur même, sont des termes souvent équivalents. L’épouse, les fils, les filles, lui reconnaissent la pleine responsabilité de la famille dont il assure l’unité. Dans la famille, qui est aussi appelée la maison paternelle (Ps 44 (45), 11), l’épouse est la couronne de son mari (Pr 12, 4), et l’honneur des enfants, c’est leur père (Pr 17, 6).

Certes, c’est au père et à la mère d’éduquer ensemble leurs enfants. Mais la Parole s’adressera plutôt au père comme au dépositaire de cette charge : As-tu des enfants ? Fais leur éducation (Si 7. 23).

3. Comment exercer ce rôle ?

La pédagogie divine

La vie chrétienne est une imitation et une participation de l’agir divin. Comme des enfants bien-aimés, regardons donc agir le Père, l’Éducateur par excellence Dieu. Toute l’histoire du salut commence par une déclaration d’amour qui est aussi une reconnaissance de paternité. Ainsi parle le Seigneur : mon fils premierné, c’est Israël (Ex 4, 22). Mais il lui faut se rendre à l’évidence : ce fils chéri, c’est une race indocile et rebelle… (Ps 77 (78), 8). Comment le Seigneur va-t-il s’y prendre avec un enfant pareil ?

Qu’il soit d’abord bien clair que c’est un Père au cœur de mère. Tout ce que Dieu va faire, va exiger, va imposer, c’est par amour qu’il va le faire. Voici comment il se souvient de l’Exode : Quand Israël était enfant, […] je lui apprenais à marcher, je le prenais dans mes bras. […] Je les menais avec de douces attaches, avec des liens d’amour. […] J’étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson tout contre sa joue (Os 11, 1-4). Oui, comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui le craint (Ps 102 (103), 13).

Mais Dieu est tendre pour qui le craint, et cette crainte même montre que Dieu est un réel Père. Un père qui enseigne, un père qui corrige. Le même mot, mûsar en hébreu, se traduit par « instruction » et par « correction ». Enseigner, corriger : deux aspects essentiels et complémentaires de la pédagogie divine. Mais celle-ci, comme la nôtre, va aussi beaucoup plus loin : éduquer, ultimement, c’est libérer, c’est sauver et sanctifier. L’enseignement et la correction ne sont que les chemins d’un don de vie, d’une transmission de la vie. Ainsi fit Dieu avec son peuple.

Le Seigneur, donc, enseigne ses enfants. Il donne des commandements à Israël, des préceptes, une sagesse, une loi. Mais cela ne suffit pas. Car il faut que cette loi soit imprimée avec force au fond du cœur d’Israël, qu’elle lui devienne intérieure. Alors, Yahvé impose à ses enfants des épreuves, des châtiments, des corrections : Yahvé ton Dieu te corrigeait au désert comme un père corrige son enfant (Dt 8, 5). [p. 7] Et cela ne suffit pas non plus. En vain j’ai frappé, dit le Seigneur, vous n’avez pas accueilli la leçon (Jr 2, 30).

Le châtiment suprême, la mort, s’abattra finalement sur le Serviteur de Dieu, sur Dieu lui-même incarné. Jésus de Nazareth monte à la croix. Dieu nous donne l’enseignement absolu en prenant sur lui le châtiment absolu. Dieu nous enseigne l’amour en prenant sur lui la mort (Is 53, 4-6). Mais dans quel but ? C’est que nous ne soyons plus soumis à un pédagogue (Ga 3, 25), ni à des menaces extérieures. L’Esprit Saint est donné : Dieu se fait intérieur à nous et nous éduque du dedans. Nous sommes libres. Nous disons : Abba, Papa (Rm 8, 15 ; Gal 4, 6). Nous sommes membres de la famille de Dieu (Ep 2, 19).

La promesse est accomplie : Je serai pour vous un père et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout-Puissant (2 Co 6, 18 ; Jr 31, 9). Certes, le Seigneur continue à nous corriger, car quel est le fils que ne corrige pas son père ? (He 12, 7). Mais c’est pour notre bien, afin de nous faire participer à sa sainteté (He 12, 10), en complétant ce qui manque aux souffrances du Christ (Col 1, 24). Et nous nous y soumettons avec joie.

Enseignons nos enfants

L’éducation que nous donnons à nos enfants doit être une expression de l’éducation divine. Comme Dieu a fait et comme lui, par amour, nous devons faire. Comme lui, nous devons enseigner, corriger et finalement sauver nos enfants. Considérons ce premier aspect : l’enseignement, l’instruction de nos enfants.

L’Ancien Testament revient sans cesse sur le thème de l’instruction et de la discipline. Instruire l’enfant, c’est le discipliner. Instruis l’enfant dans la voie à suivre, devenu vieux, il ne s’en détournera pas (Pr 22, 6). Sentier de ta vie : garder la discipline (Pr 10, 17). Saisis la discipline et ne la lâche pas : elle est ta vie (Pr 4, 13). Le fils sage aime la discipline (Pr 13, 1)…

Le Nouveau Testament confirme la nécessité de leur enseigner la piété, la foi, dans la soumission à leurs parents : Il faut avant tout, écrit Paul, leur apprendre à pratiquer la piété envers leur propre famille et à payer leurs parents de retour. Voilà ce qui plaît à Dieu (1 Tm 5, 4). Et quiconque aspire à une charge dans l’Église doit savoir tenir ses enfants dans la soumission. Il doit avoir des enfants croyants, qui ne puissent être accusés d’inconduite et ne soient pas insoumis (1 Tm 3, 4 ; Tt 1, 6).

Le libéralisme moderne considérera qu’enseigner la foi à nos enfants est une contrainte, un « conditionnement ». Mais la Parole de Dieu est formelle ; nous serons bénis en nous y soumettant. Et si nous voulons vraiment donner de bonnes choses à nos enfants (Mt 7, 11), nous ne devons pas hésiter à leur faire connaître les Saintes Lettres dès leur plus jeune âge, ce dont Paul louait Timothée (2 Tm 3, 15).

L’éveil religieux des enfants est un sujet d’émerveillement. Oui, Dieu se prépare une louange dans la bouche des petits et des nourrissons (Ps 8, 3). Les enfants ont un sens des choses de la foi qui nous étonne et nous [p. 8] enseigne. C’est que leurs anges aux cieux se tiennent constamment en présence du Père (Mt 18, 10). Et nos enfants doivent pouvoir crier dans le sanctuaire : Hosanna au fils de David ! (Mt 21, 15) sans que nous en soyons indignés.

Corrigeons nos enfants

Trop nombreuses sont les paroles de l’Écriture touchant la correction des enfants pour que nous passions par-dessus.

Dans l’Ancien Testament, les exhortations du Livre des Proverbes et de l’Ecclésiastique sont claires ; il suffira de les aligner : Ne ménage pas à l’enfant la correction, si tu le frappe de la baguette il n’en mourra pas ! Frappe-le de la baguette, et tu délivreras son âme du Shéol (Pr 23, 13-14). Baguette et réprimande procurent la sagesse (Pr 29, 15). Qui oublie la réprimande se trompe (Pr 10, 17). Qui épargne la baguette hait son fils, qui l’aime lui prodigue la correction (Pr 13, 24 ; Si 30, 1). Ne lui laisse pas de liberté pendant sa jeunesse, et ne ferme pas les yeux sur ses sottises (Si 30, 11). Fais-lui courber l’échine pendant sa jeunesse (Si 30, 12)…

L’éducation conserve, dans le Nouveau Testament, cet aspect de correction souligné par l’Ancien :  Quel est le fils que ne corrige son père ? […] Nous avons eu pour nous corriger nos pères selon la chair et nous les respections. […] Certes, toute correction ne paraît pas sur le moment être un sujet de joie mais de tristesse. Plus tard cependant, elle rapporte à ceux qu’elle a exercés un fruit de paix et de justice (He 12, 7-11),

Paul nous met cependant en garde contre l’excès de sévérité : Et vous, parents, n’exaspérez pas vos enfants, mais usez en les éduquant de corrections et de semonces qui s’inspirent du Seigneur (Ep 6, 4). Et il précise dans l’Épître aux Colossiens : N’exaspérez pas vos enfants de peur qu’ils ne se découragent (Col 3, 21).

Souvenons-nous, de plus, que pratiquer la correction à la manière de Dieu lui-même, c’est la prendre sur nous. C’était la mission de Jésus. Et à sa suite, nous devons donner à nos enfants l’exemple d’une obéisance totale à Dieu, d’une soumission à nos frères et à nos pères dans l’Église ; nous devons intercéder pour nos enfants, les prendre sur nous, avec joie et persévérance. Ainsi, nous pourrons les donner au Seigneur pour toute leur vie (1 S 1, 11).

Le salut dans nos maisons

Crois au Seigneur et tu seras sauvé, toi et toute ta famille (Ac 16, 31). L’individualisme moderne a fait éclater les grandes familles de l’antiquité en des cellules de plus en plus petites. Mais, au temps des Actes des Apôtres, un homme qui se convertissait entraînait comme naturellement toute sa maisonnée dans le baptême. Paul écrit ainsi qu’il a baptisé la famille de Stéphanas » (1 Co 1, 16). Il affirme que les enfants sont sanctifiés par la foi de leur famille, de leurs parents, et même d’un seul de leurs parents (1 Co 7, 14). Nous redécouvrons en communauté cette grâce collective : c’est un peuple que l’Église du Seigneur.

Le salut dans nos maisons, ce n’est rien d’autre qu’un amour mutuel où Dieu se reflète et se révèle. Il est le Père de qui toute paternité au ciel et sur terre tire son nom (Ep 3, 14). Dans ce passage, toute paternité se traduit littéralement toute famille. Quelle promesse ! Nos familles humaines reflets de la famille divine, nourries de l’amour qui unit la Trinité ! Mais celui qui opère cela, celui qui donne la croissance, c’est Dieu (1 Co 3, 7). Et si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain, les maçons peinent (Ps 126 (127), 1). Prions donc le Seigneur d’édifier nos familles en lui.

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