L’Association des Amis de Lanza del Vasto

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Lanza del Vasto (1901-1981), signature stylisée © Association des Amis de Lanza del Vasto

Lanza del Vasto (1901-1981), signature stylisée © Association des Amis de Lanza del Vasto

2023 Articles

Daniel Vigne, « L’Association des Amis de Lanza del Vasto », dans Histoires de l’Arche, 2023, p. 416-423. [pdf]

L’Association des Amis de Lanza del Vasto

Dix ans avant sa mort, Lanza del Vasto lui-même voulut créer une petite instance juridiquement distincte de l’Arche, à laquelle il donna le nom d’« Association des Amis de Lanza del Vasto ». Elle n’avait pas un but comparable à celui de la communauté de l’Arche, qui regroupe des personnes autour d’une direction de vie et d’engagements communs, mais un objectif plus limité. Il souhaitait que par elle, son œuvre entière d’écrivain, d’artiste et de penseur soit représentée auprès des éditeurs et protégée comme doit l’être celle de tout auteur.

La fondation (1970)

Le 24 mai 1970, furent donc déposés à la Préfecture les statuts de cette Association loi 1901 dont la mission est de veiller à la conservation et à la diffusion de l’œuvre de Lanza del Vasto par tous les moyens, ainsi énumérés :

– établir les contrats d’éditions, rééditions, traductions, et leurs droits d’auteur,

– autoriser toute adaptation au théâtre, cinéma, radio, télévision ou autre,

– rassembler les archives de l’auteur et en garantir la pérennité,

– faire connaître sa pensée philosophique et son enseignement spirituel,

– mettre en valeur son œuvre artistique : musique, dessins, sculptures, etc.

Lanza del Vasto fit donc « Apport » à l’Association de l’intégralité de son œuvre : écrits, romans, récits, théâtre, poésie, correspondance, mais aussi manuscrits, souvenirs, sculptures, peintures, et dessins, chansons, enregistrements, enseignement spirituel, etc.

Pourquoi une autre Association que celle de la communauté de l’Arche à l’époque ? Lanza del Vasto, en tant d’auteur, voulut rappeler que son œuvre ne se résumait pas à la seule fondation de l’Arche.

Car il fut aussi, avant l’Arche et outre celle-ci, un poète vagabond et pèlerin, un écrivain renommé, un philosophe profond et cultivé, un artiste et un esthète aux multiples talents, et aussi, dans sa jeunesse aristocratique, le représentant d’une culture et d’une lignée. Sa personne et son histoire, qui couvrent presque tout le XXe siècle, doivent être envisagées dans toute leur ampleur.

C’est donc l’œuvre entière d’un homme qui avait vécu près de cinquante ans avant de fonder l’Arche et qui, pendant les trois décennies qui suivirent, continua d’exercer ses talents, en lien direct ou indirect avec cette œuvre communautaire. Ainsi en va-t-il, par exemple, de sa philosophie, dont il disait qu’elle ne faisait pas partie de l’enseignement de l’Arche comme tel, et qu’il n’était pas nécessaire de la connaître pour être membre de la communauté. De même, son œuvre poétique est indépendante de ses engagements publics.

La grande décennie (1970-1981)

La première présidente de l’Association fut notre chère Chanterelle, toute donnée à l’œuvre de son époux. La besogne ne manquait pas et un lieu spécifique s’avérait nécessaire. Ainsi en 1971 s’acheva la construction de la Tour, dessinée par Lanza, dont le dernier étage était destiné à être son bureau et le lieu de conservation des archives de cette toute jeune Association.

En effet, pendant les années qui suivirent, celle-ci fut avant tout un « bureau » où étaient traitées les questions relatives aux droits d’auteur, aux contrats avec les éditeurs, les traducteurs, les réalisateurs, et à l’œuvre de Luc Dietrich dont Lanza est officiellement reconnu comme co-auteur. Cette première équipe apporta une grande aide à notre auteur, qui était alors fort connu et qui écrivait beaucoup.

À la mort de Chanterelle en 1975, Pierre Parodi lui succéda. Ses responsabilités communautaires lui laissaient peu de temps pour le travail administratif, mais le bureau de l’Association, associé à Lanza lui-même, continua d’assurer sa mission.

En tant qu’homme public, Lanza del Vasto était alors avant tout l’auteur du Pèlerinage aux sources et le fondateur de l’Arche. Son profil de patriarche bienveillant était inoubliable. Shantidas, comme nous l’appelions, se donnait sans compter à sa communauté et à sa mission d’apôtre de la non-violence. Il était cet homme âgé, à la stature prophétique, à l’allure d’un sage d’antan, qui ne passait inaperçu nulle part et dont la simple présence imposait le respect.

On voyait en lui un homme de parole, d’action et de contestation, annonçant à son siècle des vérités difficiles à entendre. Il est frappant de constater que les interviews filmées que l’on garde de lui portent principalement sur le problème de la guerre et sur le message de la non-violence.

Aujourd’hui encore, le nom de Lanza del Vasto évoque avant tout, dans l’esprit des gens, cet homme engagé et quelque peu marginal, ce témoin qui défiait son époque et qui lui proposait, à travers l’Arche, une « alternative » spirituelle et sociale. Cette dimension de témoignage, cette vocation d’apôtre et de réformateur, sont capitales dans la vie du grand homme.

Mais sa longue existence et la richesse de sa personnalité permettent de découvrir encore d’autres facettes de son génie qui complètent la figure du fondateur de communauté.

Le 5 janvier 1981, Shantidas s’éteignait en Espagne. L’Association recevait désormais la lourde responsabilité de gérer et transmettre fidèlement son œuvre, notamment à travers la conservation et la protection des archives, et d’exercer ce qu’on peut appeler un « devoir de mémoire ».

C’est tout cet ensemble, dans sa diversité et sa profonde unité, que l’Association devait assumer et valoriser à l’avenir, en favorisant le respect actif du souvenir de Lanza del Vasto.

Les années de veille (1981-2008)

Après la mort de l’auteur, Pierre Parodi jusqu’en 1989, puis Jean-Baptiste Libouban jusqu’en 2009, en plus de leurs responsabilités générales dans l’Arche, furent présidents de l’Association. L’existence de celle-ci pouvait paraître assez formelle, mais elle était essentielle, car elle permit le suivi des ouvrages publiés du vivant de Lanza, certaines rééditions, ainsi que la publication de livres posthumes, notamment grâce au travail d’Arnaud de Mareuil et de Jean-Daniel Jolly-Monge : Les quatre Piliers de la Paix en 1992, Le Grand Retour et Pages d’enseignement en 1993 (pages inédites tirées du Bulletin les Nouvellles de l’Arche).

Heureux temps que celui où les livres de Shantidas se vendaient par milliers ! Mais peu à peu, faute de forces vives, l’Association entra dans une période moins active. Lanza del Vasto, non seulement aux yeux du public, mais parfois au sein même de la communauté qu’il avait fondée, fut comme oublié ou laissé de côté, traversant ce qu’on appelle parfois le « purgatoire des auteurs », phase bien connue d’une carrière littéraire. Thérèse Parodi, qui avait survécu à son époux « Mohandas », veilla cependant fidèlement et attentivement sur les Archives durant cette période.

Cette Association n’était pas pour autant vouée à disparaître, puisque par la volonté expresse de l’auteur, elle devait rester gardienne et garante morale de son œuvre.

En 2008, Jean-Baptiste Libouban et Michèle Le Bœuf souhaitèrent un nouveau départ. Je fus alors sollicité pour faire partie de la petite équipe qui se proposait de relancer l’Association, puis en 2009 j’en acceptais la présidence. Ayant à cœur, depuis de longues années, de faire connaître sa pensée, j’avais soutenu en 2005 à la Sorbonne une thèse sur sa philosophie, organisé l’année suivante un colloque qui rsassembla plus de 300 personnes à Toulouse, fait maintes conférences sur sa personne et son enseignement. De plus, ayant vécu sur le domaine de la Borie-Noble où Monique[1] et moi nous sommes mariés en 1975, je gardais envers Shantidas un sentiment de profonde gratitude, et envers l’Arche, de fidèle amitié.

Les objectifs de l’Association restaient les mêmes, et le lien étroit entre la mission de l’Association et celle de l’Arche demeurait inchangé. Mais il fallait redonner à l’Association un nouveau dynamisme, car depuis sa naissance en 1970, quarante années étaient passées. Le problème était qu’à cette époque, en dehors des personnes directement concernées par son enseignement moral et spirituel, le souvenir de Lanza était presque perdu dans le grand public. C’est un vrai paradoxe, car encore à ce jour, bien des médias l’ignorent au moment même où tout ce qu’il avait préconisé, annoncé, voire prophétisé, se révèle d’une étonnante actualité !

On peut le vérifier sur tant de points : respect de la nature, simplicité de vie, réforme du lien social, dialogue interreligieux, quête de vie intérieure, recherche de nouveaux moyens de production et de partage, sans compter d’autres aspects de son message (esthétique, éthique, philosophique) qui restent à recevoir et à faire connaître dans toute leur pertinence et leur fécondité. Il y a donc urgence, sinon à redonner à Lanza une célébrité mondiale – qu’il mériterait –, du moins à empêcher que le monde ne l’oublie !

Un nouveau départ (2009-2022)

C’est pourquoi a été relancée cette mission dont l’unique but, celui de l’Association, est de faire connaître et de mettre en valeur la vie et l’œuvre de Lanza del Vasto, c’est-à-dire :

– sauvegarder sa mémoire,

– favoriser la diffusion de ses écrits, rééditer les livres épuisés,

– inventorier, conserver et sauvegarder les Archives

– encourager l’approfondissement de ses idées.

Le caractère scientifique et universitaire de ce travail ne doit pas être négligé, car Lanza reste mal connu des savants, qu’ils soient philosophes, théologiens ou historiens. Mais c’est aussi à un public très large qu’il faut aujourd’hui signaler l’existence et l’importance d’une figure comme celle de Lanza.

D’où la diversité des moyens mis en œuvre :

– 2009 : début d’un inventaire rigoureux des Archives (l’Apport juridique que Lanza à fait à l’Association) Celui-ci se poursuivra d’année en année, par de petits chantiers. Travail minutieux, rigoureux et patient avec parfois recours à des professionnels. Mise en ordre des archives, inventaires et classements de documents, bibliographies détaillées, numérisation des manuscrits, livres, dessins, photos… Ce chantier s’achève tout juste en cet automne 2022.

– 2010 : élargissement de l’Association avec la création du nouveau statut d’Adhérent de soutien, permettant à des personnes d’encourager l’Association par leur cotisation ou leur don. Leur nombre a rapidement augmenté puisqu’à ce jour (septembre 2022), près de 180 Adhérents nous ont rejoint par ce moyen. Merci à eux ! Une « Lettre aux Adhérents » les informe régulièrement des activités de l’Association et leur permet de s’associer de diverses manières à notre travail. Une carte de vœux (illustrée d’une photo de Lanza ou d’une de ses œuvres) et un bilan annuel leur sont envoyés en début d’année.

– 2011 : création d’un site internet www. lanzadelvasto. com qui présente l’ensemble de l’œuvre de façon synthétique et précise[2]. Outil indispensable pour nos relations avec les éditeurs, et qui est aujourd’hui un moyen majeur d’intéresser les internautes. Depuis il s’est enrichi d’archives sonores, de vidéos, de témoignages, d’actualités, etc.

– 2011-2012 : création d’une exposition de plus de quarante reproductions de dessins[3] de Shantidas, qui fut proposée dans divers lieux de France, et continue de s’enrichir et de tourner. Occasion de faire connaître notre auteur à un large public.

– 2013 : rencontres et tractations de D. Vigne avec les grosses (et petites) maisons d’éditions où furent publiés les livres de Lanza. Intense travail relationnel et juridique, afin de faire le point, revoir les contrats, relancer et programmer certaines rééditions.

– 2014-2015-2016 : vint le temps des rééditions de titres épuisés : le Pèlerinage aux Sources chez Gallimard, Principes et Préceptes et Approches de la vie intérieure, ainsi que le Commentaire de l’Évangile chez DDB.

– 2016-2017-2018 : refonte du site internet par Daniel Vigne aidé de Julie Vivier qui permit en 2017 de proposer des versions étrangères du site : version espagnole, puis version italienne et anglaise. La version allemande est toujours en cours. Gros travail de traduction ! Occasion aussi d’enrichissement du site par une photothèque de plus 220 photos, ainsi que d’une sonothèque.

– 2020-2021 : préparation et parution des trois premiers Cahiers Lanza del Vasto : Hommage à Shantidas (n° 1), Mystère de Pâques (n° 2), De la bombe et L’Église face au problème de la guerre (n° 3). Nouveau moyen de faire vivre le patrimoine de l’Association, cette collection de Cahiers présentera des textes inédits ou peu connus de l’auteur, des réflexions sur son œuvre, des choix d’extraits sur un thème…

– le 25 septembre 2021, en l’honneur des 120 ans de sa naissance et des 40 ans de sa mort, une belle journée commémorative a été organisée par l’Association à la Borie-Noble, retraçant quelques aspects de la vie et de la pensée. Causeries, chants, pèlerinage, prières et « mémoire vive » ont ravivé le souvenir du Serviteur de paix.

Au fil des années, l’Association a pu aussi développer toutes sortes d’activités qui ont élargi l’audience de Lenza del Vasto :

– publier de nouvelles traductions en langues étrangères de ses livres, comme la traduction italienne de la Trinité spirituelle par Frédéric Vermorel ; la traduction en italien du premier Viatique et des Lettres de jeunesse par M. Lanza ; une traduction du Pèlerinage aux sources en portugais, et d’autres titres. Plusieurs projets de publications en italien et en espagnol sont actuellement en chantier.

– accompagner et favoriser des parutions qui font connaître toujours plus Lanza, comme la biographie magistrale d’Arnaud de Mareuil : Lanza del Vasto, sa vie, son œuvre, son message ; celles de Claude-Henri Rocquet et Anne Fougère, Lanza del Vasto, pèlerin, patriarche, prophète, et Lanza del Vasto, serviteur de la paix ; celle de Frédéric Rognon, Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire ; celle de Frédéric Richaud, Voir Gandhi. L’extraordinaire périple de Lanza del Vasto ; le dialogue de Claude-Henri Rocquet avec l’auteur, une réédition des Facettes du Cristal. Et tout dernièrement, sont parus deux albums jeunesse de Claire Martinet : Noé et les dragons et Shantidas. Lanza del vasto, pèlerin de la paix

– sans oublier les conférences, journées d’étude, sessions universitaires, émissions de radio, dont la liste serait trop longue à faire ici. Vous en trouverez un certain nombre sur le site de l’Association, à la rubrique « Actualités ».

Toutes ces réalisations ne doivent pas faire croire que l’Association est une institution riche et puissante : ce n’est pas le cas. Nous essayons de faire les choses avec sérieux et application, mais nos forces sont petites et nos moyens aussi. De plus, Lanza del Vasto est beaucoup moins connu qu’il y a quelques décennies. Mais aujourd’hui on constate partout, notamment à l’étranger, un réel regain d’intérêt pour la personne et l’enseignement de Lanza del Vasto. Cela nous encourage ! Chacun de nous, à sa manière et selon ses engagements particuliers, y contribue. Cette Association d’» amis » de Lanza del Vasto, qui est elle-même en « amitié » avec l’Arche, tire dans le même sens et travaille avec la même ferveur. Elle est aussi un précieux lieu d’archives, recueillant le passé au service de l’avenir. Lanza del Vasto a ouvert des voies, à nous d’avancer sur ses traces. Un jour ou l’autre, on donnera raison à ceux qui ont reçu son message et reconnu en lui le précurseur de temps nouveaux.

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  1. Fille de Jean et Michèle Le Corre, les « Arondeaux », compagnons de l’Arche ; mes parents René et Luce le furent également.
  2. Ce site a été inauguré à la Pentecôte 2011et entièrement rénové en septembre 2016. Ne pouvant ici le présenter en détail, je vous recommande de le visiter, et, si vous le pouvez, de le faire connaître à d’autres !
    • « Lanza del Vasto, poète visionnaire », à l’Abbaye bénédictine de Belloc (Pyrénées Atlantiques), en 2011 et par la suite, au Château de Cadillac, à Strasbourg, à Saint-Antoine l’Abbaye, à Saint-Nazaire, à l’Abbaye de Landévennec, au Prieuré de Marcevol, à Paris…

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